Entre vagues et accalmies

L’intelligence n’est pas affaire de diplômes. Elle peut aller avec mais ce n’est pas son élément premier. L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poigne de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi – vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir (Christian Bobin, L’inespérée)

Cette année, je me suis offert un cadeau : un retour aux études bien particulier. La réponse officielle est arrivée aujourd’hui, au lendemain de mon 69ième anniversaire. A partir de septembre, je débuterai un programme de 2ième cycle « Sens et projet de vie » à l’UQAR (je n’exclus pas aussi de faire une autre maîtrise). Ce programme propose de réfléchir sur la question du sens selon une approche psychosociologique et transdisciplinaire en accompagnant des personnes au mitan de leur vie afin d’élaborer un projet de nature personnelle, de réinvestissement social ou de réorientation professionnelle.

Il y a longtemps que je réfléchis à ce que pourrait ressembler les dernières années de ma vie. Comment toutes les expériences plus ou moins heureuses que j’avais vécues allaient se traduire en quelque chose d’intelligible qui ferait sens pour moi? Comment ce que j’avais vécu et qui semblait ab-sens sur le coup pourrait se transformer en quelque chose de transmissible comme un legs, si petite soit ma place en ce monde?

Je me retourne et je regarde tout ce que j’ai fait durant ma vie et je constate que tout cela peut être réuni par un fil conducteur. J’ai toujours dit qu’avec le don vient le devoir. Devoir de transmission surtout, par l’enseignement, l’écriture, l’art, l’accompagnement. C’est de cette matière dont je suis faite.

J’ai abandonné certains engagements parce que je sais que ce programme est exigeant et qu’il me faudra toute l’énergie nécessaire pour donner sens à ce projet de vie. Je suis à barrer mon propre bateau et l’aventure me rend fébrile. Je sais, il y aura des jours de déferlantes et des jours plus calmes. Comme dit Thomas d’Aquin : « Si l’objectif du Capitaine était de préserver son bateau, il resterait au port pour toujours ».

Alors, voilà, je me lance…

Il y aura des déferlantes et des eaux plus calmes,
Des vents en tempête et des souffles légers,
Le sel sur les lèvres, l’azur qui désarme,
L’éclat d’un éclair, l’écume à nos pieds.

Il y aura des nuits où tout semble à la dérive,
Des ciels incertains, des caps oubliés,
Mais toujours au loin, une lueur furtive,
Un phare, un espoir, un rêve à guetter.

Il y aura l’ivresse des grandes traversées,
Les voiles gonflées d’un vent insensé,
Puis le doux repos d’une mer apaisée,
Le murmure des flots, l’éveil d’un reflet.

Car toute traversée danse avec l’inconnu,
Oscillant sans cesse entre heurts et sérénité,
Mais ceux qui savent voir, sous l’ombre des nues,
Devineront l’aube après l’obscurité.