Ces articles ont été publiés sur mon ancien blog entre 2016 et 2019 lorsque j’étais co-propriétaire d’une galerie d’art à Montréal.
N.B. Les articles les plus anciens sont en fin de page
CHAPEAU À ARTISTES DE COEUR!

Cette année (2019), c’était la onzième édition d’Artistes de coeur qui réunit à chaque année une quarantaine d’artistes dont une partie de la vente de leurs oeuvres va à la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. C’était ma 5e participation (dont 3 années dans le comité organisateur).
Chapeau au nouveau comité, cette année, qui a su peaufiner la formule. Pour avoir participé à l’organisation de cet événement, je sais combien cela demande de travail et d’énergie, d’abnégation et de générosité, d’ouverture et de gros défis à relever.
Un des objectifs du collectif Artistes de Coeur est de démocratiser l’art en présentant de nouveaux artistes, ce qui renouvelle la formule d’année en année. Donc, si vous vous questionnez sur la pertinence de poser ou non votre candidature pour l’an prochain, n’hésitez pas et lancez-vous! On ne sait jamais…
Je repars heureuse des rencontres que j’ai faites, mais surtout rassurée que cette belle organisation et cette cause ne s’éteindront pas de sitôt!

GROS CHANTIERS

Oui, de gros chantiers pour l’automne 2019 et l’an 2020: l’écriture de mon livre sur le processus créatif est terminée et je suis présentement en relectures. J’écris ce mot au pluriel car, comme il se doit dans le monde de l’édition, plusieurs relectures et corrections sont à faire avant de proposer le manuscrit à des éditeurs.
De plus, nous sommes (mon Capitaine et moi) à préparer notre aventure pour l’été 2020, soit naviguer dans les canaux en voilier de Marseille à Amsterdam.
J’envisage aussi de monter une conférence sur ce merveilleux périple (il le sera, j’en suis convaincue) à notre association de voile, la CONAM, pour 2021. Bien du travail de montage en perspective!
Autre projet qui me tient à coeur: de ces photos de voyage, j’envisage faire une exposition en 2021 regroupant ma vision artistique des maisons qui m’ont le plus frappée durant mon périple. Pour celles et ceux qui me connaissent, vous savez que l’architecture est mon dada « façon Mado ». Donc à suivre…
Ce n’est pas les projets qui manquent et même si certains ne se réalisent pas, l’important n’est-il pas d’avoir des projets, tout simplement?
En attendant cette exposition, vous pourrez voir un échantillon de mes maisons à l’exposition Artistes de Coeur qui se tiendra du 28 novembre au 1er décembre 2019 à la salle multifonctionnelle de Saint-Lambert (81, rue Hopper). C’est un rendez-vous!
CE N’EST QU’UN AUREVOIR!

C’est officiel maintenant : je me suis dissociée de la galerie d’art en septembre dernier. J’avais envie de nouveaux défis, d’une retraite plus calme, de temps où je ne cours plus comme une folle depuis 40 ans. Je voulais du temps pour mes amis, ma famille, mon chum, du temps pour moi.
Depuis que j’ai pris ma retraite il y a 2 ans, je n’ai jamais arrêté vraiment. Quelques mois auparavant, je m’étais engagée à la galerie et le jour suivant mon arrêt de travail, j’étais au poste. Ça n’a pas arrêté depuis. Je me suis retrouvée à « courir après ma queue » comme on dit et je me suis reprise dans les filets administratifs, éteignant ainsi ma créativité au fur et à mesure que les mois passaient. Je faisais tout à la hâte, laissant passer en deuxième les gens que j’aime le plus.
Cette année, j’ai eu l’âge que ma sœur avait lorsqu’elle est décédée. Ça m’a fessée dans le kodak! Autour de moi, des gens plus jeunes que moi tombent malades, ça fait réfléchir. De plus, je me trouvais mille et une raisons pour ne pas rejoindre le Capitaine dans ses voyages alors que je n’avais qu’à réviser mes priorités. Ma chum Guylaine m’a dit un moment donné : « J’observe le monde et je prends des notes», ce que je me suis mise à faire.
Il n’est jamais aisé de mettre son pied à terre et de prendre un nouveau tournant, mais parfois c’est nécessaire pour être heureux parce que le bonheur n’est jamais ailleurs que là où vous décidez qu’il soit.
Durant ces 2 années passées à la galerie, j’ai rencontré des tas d’artistes et de gens extraordinaires. Des gens de cœur, des gens qui croient en leur passion, des gens qui m’ont enseignée avant tout sur moi-même. Merci à vous toutes et tous, votre talent et votre chaleur ont mis du baume et ont bouclé la boucle sur certains chapitres de ma vie.
Merci de vos confidences, vos échanges et votre écoute. Je remercie aussi tous les étudiants que j’ai eus: vous avez été formidables!
À mes amies intimes, Guylaine, Christine, Sophie, Claudine et Brigitte : par votre appui et vos conseils, vos rires, vos exubérances, je suis une meilleure personne. Folles, fulgurantes, vous me maintenez en vie!
Merci aussi à mon gendre, Jean, pour ses précieux conseils sur l’entrepreneurship!
Désolée si j’ai semblé vous oublier dans mes remerciements, mais je ne vous oublie pas. Ces deux années ont été formatrices et importantes pour moi. Votre regard sur l’art et sur la vie m’ont fait avancer.
Merci aussi à tous les artistes avec qui j’ai créé des liens, particulièrement Lise Bédard, Nancy Lessard, François Lemay, Zak, Isabelle Côté Ziza, Yolaine Bélanger, Sylvie Dainville, Sylvie Demers, Geraldyn Whittom, Linda Vachon, Josianne Gagnon, Madeleine Lalonde, Virginie Caron, Cathy Lefvert, Pauline Rodrique et Sylvie Lauzon. Vous m’avez inspirée, ré-énergisée, challengée. Vous avez fait en sorte de me renouvelée sans cesse. Vous êtes de belles personnes et je suis heureuse de vous avoir eu sur mon chemin de vie!
Pour les autres, je pense aussi à vous, à votre créativité toujours aussi étonnante et ressourçante! Pour 2020, j’ai des tas de projets non seulement artistiques , mais des projets de voyage avec mon Capitaine.
Peut-être nous reverrons-nous dans une autre vie, qui sait!
LA CHAMBRE OCÉANE…

Vous voyez, parfois je me demande, je me dis : ce n’est pas l’amour qui meurt, c’est l’homme.
Camille Laurens, Dans ces bras-là.
J’ai un lien privilégié avec elle.
À l’origine, les peines d’autrefois nous ont réunies. Chacune son écrin, fermé à double tour. De petites ouvertures, de grandes hésitations, des moments de confidences frêles, chambranlants. Notre amitié a commencé par une perte, la sienne, qui faisait écho à toutes celles que j’avais vécues. De ce mur qui s’effondrait, nous allions en construire un autre au fil du temps.
(…) des ruines, des ruines où se devine l’architecture ancienne, un monument d’amour dont ne resterait que le plan au sol, plus rien dans l’air, plus de relief, plus rien qu’à terre la trace de belles fondations – à terre, tout à terre, à taire aussi peut-être, à enterrer (…)
Et je me suis demandée comment elle faisait pour rester debout, pour entendre le son de son respir alors qu’il n’était plus là pour lui dire : « Viens dans mes bras», qu’il y avait cette fracture qui s’était installée dans sa vie.
Elle a fini par vider les garde-robes, par vendre leur maison et déménager ses pénates ailleurs. Elle a recréé un avenir avec les siens.
Dans cette nouvelle maison, à chaque fois que j’y mets les pieds, je m’y sens bien. Même si je n’ai pas connu son amour parti trop tôt, je le sens tout près qui habite la maison avec elle.
Il y a une aura qui enveloppe les murs et qui s’est reconstruite sur les ruines, autrement.
À chaque fois, je pense à mon Capitaine qui est toujours là, présent, alors qu’il est à des milliers de kilomètres de moi. Je me demande : « Combien de temps encore? ». Et s’il part avant moi, j’aurai cet ancrage pour me soutenir, celui de mon amie qui m’enseigne à tous les jours que la créativité n’est pas qu’artistique!
Et sur la grève de mon corps l’homme né de mer s’est allongé (…). C’est un dialogue entre deux amants, un couple nu dans une chambre océane (…)
Merci à toi, chère amie, qui me prouve que la mort ne vient rien éteindre.
N.B. Citations tirées du livre de Camille Laurens, Dans ces bras-là.
VOUS AUREZ BEAU GARDER L’ENFANT D’UN AUTRE, ÇA NE FERA PAS DE VOUS UNE MÈRE!

J’ai la mâchoire bloquée.
Je suis dans le bureau de ma formidable ostéopathe. C’est mon 3e traitement. Les choses s’améliorent mais l’affaire n’est pas encore ketchup! Lors du premier traitement, elle m’avait dit que j’étais tellement crispée dans ma tête qu’il fallait que ça descende au niveau du ventre. Elle ne savait pas ce que je vivais. Elle m’avait simplement demandé si j’étais stressée. J’ai éclaté de rire en lui disant non. C’était sarcastique. J’ai juste répondu que je devais prendre des décisions. Elle m’a dit que je n’avais qu’à les prendre lorsque je les sentirais au lieu de les raisonner.
Je suis repartie complètement démantibulée. C’est comme si un camion m’avait frappée en pleine gueule. J’ai passé la journée effoirée dans mon fauteuil, le pot d’Advil sur la table, tous les muscles et les articulations du visage en berne. J’ai été en shot down pour les 2 jours qui ont suivi. Puis, j’ai remonté la pente en mangeant du mou. J’ai pas oublié ce qu’elle m’a dit. Depuis, le travail se fait autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Ce matin, j’arrive à son bureau et plutôt que de commencer par le traitement, on jase un peu. Je lui parle des rencontres et des réflexions que j’ai faites depuis la dernière fois qu’on s’est vues. Il y en a un qui m’a raconté les histoires que l’acquisition d’une de mes toiles a générées parmi les personnages qu’il a accumulés durant toute sa vie. Il y a aussi une amie dont le conjoint a possiblement un cancer. Et une autre qui est déjà à une croisée des chemins sur ce qu’elle veut vraiment après juste un an qu’elle se soit lancée en affaires. Il y a tous les gens que j’ai rencontrés lors de la fête de ma retraite et qui m’envient de faire ce que je veux quand je le veux (maudit, qu’on paraît bien de l’extérieur)! Il y a la maison et la galerie qui me grugent de l’énergie. Il y a les photos paradisiaques de la Grèce que m’envoie mon conjoint et qui me font me demander pourquoi je suis en train de ramer à contre-courant alors que je devrais être auprès de lui en train de naviguer et me la couler douce, de me bourrer la face de sa présence et de tous ces beaux paysages, à me laisser inspirer par eux au travers mes toiles avant de disparaître. Il y a toutes ces petites choses du quotidien que je me mets sur les épaules et qui me font grimacer la plupart du temps. Il y a toutes ces décisions que je prends à contrecœur. Il y a toutes ces fois où je fais plaisir aux autres plutôt que m’écouter et me respecter.
Je confie à mon ostéopathe que depuis qu’elle m’a dit qu’il fallait que ça descende, je n’arrive pas à le faire. Elle me répond avec un beau sourire que depuis une demi-heure qu’elle m’écoute, je n’ai fait qu’apporter des réponses à mes questions. Pour elle, tout est clair et je me rends soudain compte pour la première fois que j’ai MES réponses. Elle me demande pourquoi je ne mets pas en action mes décisions. Je me rends compte que ce ne sont pas tant les décisions qui sont difficiles que les conséquences qu’elles apportent : décevoir les autres, le jugement des autres, alors qu’en aucun temps je suis obligée de me justifier. C’est ma vie, après tout!
Je lui réponds que, généralement, j’attends d’avoir un plan B avant de fermer la porte au plan A. Elle rétorque que le contraire n’est pas désastreux. Dit de même, ça peut parfois ouvrir des portes qu’on croyait fermées à double tour.
Mes préoccupations m’éloignent de ma créativité. J’ai envie de terminer mon livre sur le processus créatif, de finaliser ma conférence, de peindre comme bon me semble. Et malgré tout cela, je n’ai aucune idée de l’aboutissement de ces projets.
Mais tout est bloqué, comme ma mâchoire. Je serre trop les dents. Rien ne me nourrit et je ne me sens pas épanouie dans ce que je fais. Tout va à l’encontre de mon désir de ralentir, d’adopter un rythme qui me respecte. Je tire partout et j’appelle cela la cible. Je me perds de vue alors que je mets tout le monde dans ma mire, sauf moi, ou si peu… Comme une neurasthénie (état durable d’abattement accompagné de tristesse) que je combats sans cesse en me bottant le cul et m’infligeant des tâches qui ne me satisfont pas mais qui m’occupent ailleurs. On pourrait dire ça de même…
Pour imager la patente, on pourrait dire que je m’occupe des enfants des autres, plutôt que du mien, ce qui ne fait pas de moi une mère pour autant, tant que je ne m’occuperai pas de « mon enfant intérieur».
J’entends déjà les commentaires des gens : « Ouin…, mais c’est quoi le rapport avec l’art? ».
Bien, je vais vous répondre :
1- Peut-être pas grand-chose à prime abord parce que je ne suis pas dans la peau des autres pour définir à leur place ce que l’art veut dire pour eux.
2- Par contre, je sais que l’art, ou peu importe l’activité que l’on fait, doit être quelque chose qui nous nourrit et nous épanouit. Je prends pour exemple mon conjoint qui, bien qu’à la retraite, ne compte plus les heures hebdomadaires qu’il met dans la préparation de sa navigation et des cours qu’il donne. Et quand il fait ça, il est heureux et il ne passe pas son temps à me faire chier. Moi, je me surprends à compter encore mes heures bien souvent et j’en fais damner une couple. Je suis chiante mais je me soigne…
J’en arrive à un constat où ma créativité se retrouve bloquée et ça m’inquiète. Je sais, dans mes nombreux articles, j’ai écrit comment la créativité n’était pas un long fleuve tranquille et linéaire. Mais quand le manque de créativité s’étire sur une longue période et, qu’en plus, ça commence à vous faire suer, c’est peut-être le signe que les choix qu’on a faits ne correspondent plus à la place où vous devez être, ce que j’appelle « être sur son X ». Je dirais que présentement je suis partout, sur mon W, Y, Z, mais pas sur mon X, ça c’est sûr!
Work in progress….

L’ART… C’EST DONNER AU SUIVANT

Je ne peux pas terminer cette journée sans parler de Louis.
Louis est un architecte qui a acheté une de mes œuvres il y a deux semaines. C’était un soir de vernissage où, bien que j’exposais, je ne pouvais pas y être. J’avais un autre engagement ailleurs. J’ai donc écrit à Louis pour le remercier.
Louis m’a répondu que mon œuvre était installée sur son bureau de travail où elle faisait la rencontre de multiples personnages d’art africain qui viennent s’y prélasser. Comme ces personnages avaient des échelles différentes, il découvrait continuellement de nouvelles résonances dans mon oeuvre. Comme les photos ne rendaient pas justice, il m’invitait à venir le visiter. Nous avons donc pris rendez-vous.
Sur le coup, je ne comprenais pas trop de quoi il s’agissait, mais lorsque j’ai pénétré dans sa maison ce matin, que j’ai vu toutes les sculptures africaines qui meublaient son décor et qu’il m’a raconté son histoire, j’ai été frappée et émue de ressentir à quel point une œuvre peut avoir une vie complètement indépendante de l’auteur qui l’a créée!
Pour vous aider à comprendre, je vais vous conter une histoire. Un jour, j’écoute Guy Corneau en entrevue. Il raconte qu’il a eu un client qui avait une grosse entreprise mais qui était en dépression parce que, tout comme la chanson, il aurait voulu être un artiste. Il songe à prendre sa retraite et Guy Corneau lui suggère de commencer à peindre, ce qu’il fait. Un an plus tard, les deux protagonistes se revoient et l’entrepreneur lui confie que même s’il a commencé à peindre, il a un problème car les toiles s’accumulent dans sa maison. Corneau lui suggère de les donner à son entourage. Voyant le client surpris, Corneau réplique quelque chose comme (bon, ici je vais résumer dans mes mots) : « La toile a fait sa job, soit vous amener à faire ce qui vous faisait le plus de bien. Donnez-la à quelqu’un pour qui elle fera la même affaire ».
Moi qui peignais en secret dans mon sous-sol, ça m’a aidée à comprendre qu’à partir du moment où la toile est terminée et qu’on l’expose (pour la vendre), elle ne nous appartient plus. Ça m’a aidée à apprendre à laisser aller les choses, que ce qu’on crée pour soi-même au départ (parce que ça nous fait du bien), peut aider d’autres personnes à se sentir mieux, du moment qu’on laisse aller ce qu’on a créé. C’est comme donner au suivant. Peu importe le type d’art (peinture, écriture, sculpture, etc….), ça s’applique. C’est pour ça que c’est important de rencontrer les gens, d’échanger avec eux, même si ça vous fait peur au départ (P.S. quand je suis arrivée devant sa maison, j’avais la chienne!).
Je me suis mise à l’écoute de son histoire et le dialogue s’est installé entre nous. Il déplaçait les personnages sur son bureau et m’expliquait en quoi chacun apportait une touche personnelle à mon oeuvre. C’était fascinant!
Vous le savez déjà : peindre des maisons est mon dada. De tous les styles que j’ai essayés (abstrait, naïf, peu importe…), mon pinceau me ramène toujours à des structures architecturales, et je me suis demandé pourquoi (grosse question existentielle…). La réponse à cette question c’est que peindre pour moi est un constant processus de reconstruction et de rénovation de ce que je suis.
Ce qui m’a émue c’est de voir que de toutes les œuvres qu’il possède, c’est la mienne, présentement, qui trône sur son bureau de travail parmi les personnages qu’il a choisis. Des centaines de livres, de statuettes et d’œuvres qu’il possède, c’est la mienne qui est présentement sur son bureau, qui alimente son regard et son imagination fertile!
Ce que Louis ne savait pas au moment où on s’est rencontrés (bon, maintenant il va le savoir en me lisant) c’est pas tant que je suis à l’automne de ma vie (ou l’hiver, c’est selon), mais que je me pose de grosses questions existentielles sur ce que sera le reste de cette vie qui est la mienne.
Louis, je t’ai vu habiter ta maison et je me suis demandé ce qui arrive lorsque, enfin, notre « maison » est habitée?
Louis, tu as apaisé momentanément mes préoccupations. Tu as reconnu quelque chose en moi qui tente d’émerger sans cesse. Tu as été un baume sur mon existence. Merci d’exister parce que des gens comme toi font en sorte que notre raison d’être s’apaise parfois!
Aujourd’hui est une rare journée où je vais me coucher apaisée… mais ça compte!!!
OK… ON REMET LE COMPTEUR À ZÉRO

Y a des moments dans la vie qui sont des rencontres avec soi-même qu’on peut pas ignorer. Y a des moments qui nous frappent et qu’on n’avait pas vus venir. Aujourd’hui est un jour comme ça. Tu te lèves le matin (de préférence…, c’est un pléonasme, je sais!), tu te prépares pour aller à un atelier en te disant que tu vas avoir bien du fun et que ça va être relaxant parce que c’est pas toi qui le donnes, pis tu frappes un mur dans ton parcours de vie, du sens que tu donnes à ta vie.
Tu sonnes à la porte, un chien aboie, un ange t’accueille avec son plus beau sourire. Tu t’installes à la table pis les autres femmes arrivent et on se salue. Pis, tranquillement, chaque personne se présente et t’as une révélation. Ce que tu as fait, accompli, il y a 25 ans en te disant qu’il y aurait une suite sans trop savoir quoi, prend soudainement forme et tout ton être se met à vibrer. T’as ton filon. Tu sais pas encore quoi, mais il y aura une suite.
C’est un jour comme les autres, il fait un soleil pétant dehors. Tu partages ton dîner avec le groupe et les langues se délient. Les rayons du soleil irradient ton visage et ta peau. Chloé, la belle Teckel avec qui t’es tombé en amour, dort à tes pieds, et le moment est parfait! Tu trinques avec ta voisine de droite et tu vis une « communion » alors que personne s’en doute. Chu-tu assez ésotérique à votre goût??
Probablement que pas grand monde me comprend présentement, mais ça s’en vient!
Ok… On remet le compteur à zéro : je m’appelle Madeleine Hamel et je suis le fruit d’une mère qui a œuvré dans le domaine social et d’un père artiste….narcissique « pervers ».
Tranche de vie, version courte : à 15 ans, j’ai demandé à mes parents d’avoir, pour Noël, de la peinture. Mon père m’achète « la totale » : chevalet, valise pleine de tubes de peinture, pinceaux et tout le kit. Je me mets à peindre et j’expose mes premiers chefs-d’œuvre sur les murs de ma chambre. Un jour j’arrive à la maison et tout a disparu. En sortant de ma chambre, je demande, estomaquée, ce qui s’est passé. Mon père me répond qu’il ne veut pas de mes « cochonneries » sur les murs et qu’il les a jetées car lui seul a le droit de décider ce qui va décorer les murs de SA maison. Résultat : je passe les trente-cinq années suivantes sans toucher à un pinceau, convaincue que je ne sais ni peindre, ni dessiner. Bon, si vous avez envie de brailler, c’est le temps!
Le pire de cette histoire c’est que je ne me rappelle même pas avoir pleuré sur mon sort. C’est vous dire, hein? Le pire de cette histoire c’est que j’ai passé une grande partie de ma vie à penser que toutes les familles étaient de même et ce que je vivais était « normal », ce qui m’a, au fond, « protégée » d’une grande peine en ne me sentant pas anormale. Mais j’ai passé une grande partie de ma vie (on s’en sort pas, au fond), à m’évaporer dans autre chose qui, bien sûr, m’a fait souffrir, mais que je n’ai pas pu relier à cet événement que des années plus tard. C’est ce qu’on appelle, en psychanalyse, de l’amnésie douloureuse : Cet oubli est une forme de refoulement qui permet en quelque sorte à la victime de survivre à l’insupportable.
Effectivement, ça a dû être insupportable pour moi. Je dis: « Ça a dû être… » parce que j’arrive encore à raconter cela avec un détachement émotif qui impressionne bien des gens au point qu’ils mentionnent souvent ma résilience, mais ne vous en faites pas, j’ai eu le temps de « brailler » ma peine en thérapie, et d’en revenir aussi. Aujourd’hui, c’est ce que j’ appelle « passé réglé ».
Maintenant, je vais faire abstraction de moi et revenir à mon atelier d’aujourd’hui parce que ce qui m’a frappée c’est que sur 6 femmes présentes, 4 ont mentionné un événement marquant avec leur père, événement qui avait marqué plus ou moins négativement leur parcours artistique dans leur vie.
Parenthèse : Rappelez-vous qu’au début de cet article, j’ai écrit ceci : T’as ton filon. Tu sais pas encore quoi, mais il y aura une suite . Il y a 25 ans, j’ai fait une maîtrise en orientation qui s’est soldée par un essai portant sur la blessure narcissique et le processus de croissance. L’an passé, j’ai relu cet essai parce que quelqu’un dans mes cours d’art-thérapie voulait le lire. Je me suis alors dit que si j’avais continué mes recherches, je serais allée plus loin mais je ne savais pas encore dans quelle direction. Aujourd’hui, j’ai eu une piste et j’ai envie de la développer. Quelle forme cela va prendre? Je sais pas encore mais j’ai envie de vous solliciter.
J’aimerais faire une recherche heuristique, en d’autres mots, entendre les femmes artistes sur ce qu’elles ont à dire concernant leur relation avec leur père et l’influence de ce dernier sur leur parcours artistique. Une recherche qui se respecte, c’est, par définition, anonyme. Donc, nulle crainte à avoir. Si vous êtes partantes, contactez-moi. Est-ce que ça va se solder par des articles, des conférences, des expositions ou des productions de toiles? J’en sais rien. Une chose est sûre c’est que j’ai envie d’entendre les femmes artistes sur ce qu’elles ont à dire. Et, pour le moment, c’est excitant parce que ça veut dire qu’il y aura des rencontres, et c’est ça l’art: des rencontres qui nous font évoluer.
CRÉER AU PLUS SACRANT AFIN DE NE PAS OUBLIER

Ma mère avait dans les soixante ans et elle oubliait des choses parfois. Elle nous disait : « Hey, les enfants, ça se peut-tu que je fasse de l’Alzheimer? ». On lui répondait : «Ben non, c’est juste l’âge! ». Aujourd’hui, elle a été diagnostiquée démence mixte il y a 5 ans et elle a 87 ans. Ça me fait freaker. Parce que j’en ai 62 ans et j’oublie plein d’affaires depuis environ 2 ans. Ça met mon chum en rogne parfois. Mais moi, je ne fais pas exprès. Je ne m’en rappelle juste plus! Ça me fait capoter!
Je me réveille le matin et j’ai juste des bribes de ce qui s’est passé la veille. Parfois, c’est comme un rêve, d’autres fois c’est comme quelque chose qui me fesse dans le kodak. Quand je me réveille le matin, il m’arrive parfois de penser que j’ai rêvé puis tout à coup, ça devient une réalité. Parfois, c’est le contraire : je crois vraiment avoir dit ou fait quelque chose et mon entourage me dit que non. Et je prends plus de drogue depuis au moins 35 ans, je le jure! Pis quand j’en prenais, c’était pas des drogues dures. Donc, pas grand chance que ce soit des revivals de come back! Je veux bien assumer mon âge, mais pas les pertes qui viennent avec, quand même!
Quand j’étais jeune (dans la quinzaine), il y avait une pub de colorant à la télé où on voyait une blonde entourée de gars et au loin une brune seule sur le quai qui braillait sa vie. Une voix hors-champ chantait : « Vrai ou faux, tout le plaisir est pour les blon-DES? ». Moi, j’ai été « beige drable» de nature, mais blonde de coloration toute ma vie. Ben là, je suis tannée!
J’arrive de chez ma coloriste et je lui ai dit : « Pu capable du blond-jaune! Amène-moi vers ma couleur naturelle », soit un genre de gris-beige qui tire férocement vers le blanc, plus les années avancent. J’ai eu droit à une leçon de coloration qui m’a enseignée sur le fait que c’est pas le roux qui est le plus dur à tenir sur des cheveux mais le gris qui vire au blond après 2 semaines. Donc, pas question de mèches grises mais quelque chose de plus cendrée qui coupe le jaune. Hum…
Tout cela pour dire, note à moi-même : parfois, il faut faire confiance au destin et s’abandonner. Je lui ai donc dit : « Fais ce que tu veux, du moment que j’ai l’air de mon âge et pas d’une cougar-moufette sur le retour qui essaie de paraître plus jeune ». Je crois qu’elle a trouvé ça très drôle et elle s’est mise à la tâche. Résultat : Je me dirige lentement vers la sagesse, je crois! J’accepte mes rides depuis longtemps, mes cheveux gris de plus en plus, mes couches de plis (surtout depuis que j’ai perdu 100 livres), les seins qui suivent l’attraction terrestre (c’est vrai qu’avoir un conjoint qui te trouve belle pareil et qui ne s’intéresse pas aux petites jeunes, ça aide!).
Je ne me sens ni angoissée, ni terrorisée par l’idée de vieillir. Par contre, ce qui m’angoisse le plus est de me retrouver dépendante de mon entourage en vieillissant. Parfois, il m’arrive de raconter une tranche de vie et lorsque je reviens à la maison, mon chum me dit : « Tsé, Mado, ça fait X fois que tu la racontes cette histoire-là ». Je cabotine sur le coup, mais par la suite, je peux pas m’empêcher de me poser les mêmes questions que ma mère. Quand elle a commencé à se poser la fameuse question, c’était il y a 25 ans. Depuis, ils ont dû injecter des milliards pour la recherche sur cette maladie. Mais au bout du compte, même si on me disait que présentement il existe un test pour dépister l’Alzheimer, même si je le passais et que ça testait positif, qu’est-ce que je peux faire de plus? Y a-t-il un médicament qui empêche la maladie d’exister? Non. J’ai le temps de radoter 100 fois avant que ça arrive.
Tout cela pour dire, encore, que j’imagine facilement que vous devez vous demander de quoi je parle présentement. Réponse : je parle du sens de la vie, de ce que ça donne de vivre. Parce que je ne laisserai pas de trace au-delà de ma fille qui n’aura pas d’enfants. Ma lignée va s’arrêter là, à peine 30-40 ans après ma mort. Pour certains, c’est lugubre, c’est macabre, mais c’est la réalité. En vieillissant, on finit par se demander ce que vaut une vie, l’expérience d’une vie, une goutte dans l’océan… Je pense à ça ces temps-ci. Comme si avoir des petits-enfants pouvait nous rassurer. Parce que la plupart d’entre nous ne connaîtrons pas leur descendance. Si on est chanceux, on va connaître ses arrière-petits-enfants, mais après…
Wow! Que me voilà songée!!! Qu’est-ce qu’il reste? Des tableaux qu’on aura peints et qui, si encore on est chanceux, se transmettront de génération en génération?
Mais pas grand monde est Picasso ou Monet… Alors, il nous faut créer pour cette vie-ci, pour donner un sens à la vie qu’on mène maintenant, pour s’accrocher au fait qu’on a fait quelque chose de significatif en autant que ça nous a rendu heureux et que le fardeau de la vie s’en est trouvé allégé.
Alors, il faut créer (peu importe c’est quoi) avant d’oublier ce qu’on a fait. Une phrase me hante, celle du grand-père de Yan England qui avait demandé à sa fille (la mère de Yan England) : « Est-ce que j’ai été un homme bon? ».
Ça me hante plus je vieillis. Moi aussi, je me demande de plus en plus si j’ai été une femme « bonne »? Est-ce que j’ai aidé les autres à grandir? Je me suis associée à une galerie d’art pour des tas de raisons, mais aussi pour pouvoir donner au suivant, transmettre ce que j’ai appris, comme un legs.
Je crois que créer, transmettre ce qu’on sait avant de mourir aide à calmer cette angoisse.
CRÉER POUR NE PAS SOMBRER DANS LA FOLIE

Depuis le début de ce blog, je raconte des pans de ma vie par brides, du moins mes expériences de vie qui ont un rapport avec la créativité (faut se garder un peu de mystère, quand même!).
Ce midi la chanteuse Florence K. est venue parler de la santé mentale et de ses déroutes, dans le milieu où je travaille. Je repars de là « turlupinée ». Je me demande si moi aussi j’ai des problèmes de santé mentale. Je suis rassurée par le fait que je n’ai jamais perdu contact avec la réalité, quoi que je puisse faire dans certains épisodes de ma vie, pour me retrouver de l’autre côté de la barrière.
Parce que durant ces moments, ça m’aurait paru tellement plus facile de mettre le compte sur la maladie mentale pour les difficultés que je vivais. Il me semble que ça aurait été plus simple. Mais, malgré mes efforts pour « sauter la clôture », je n’ai jamais réussi. J’ai toujours été consciente de toutes les maudites secondes que j’ai vécues! Quoi que je fasse, quelque chose me ramène toujours à l’équilibre. Je devrais remercier Dieu (ou je sais trop quel Dieu), mais je m’enfarge dans les fleurs du tapis. Vous devez vous dire présentement : « Maudite ingrate!!! ». Ouin…
Je l’écoutais raconter toutes les étapes de sa descente aux enfers et je ne trouvais pas ça drôle, moi qui suis dans une semaine où je me sens « descendre ». Je sais pas pourquoi… Il y a mille et une raisons pour tenter de justifier cela : vendredi, le Capitaine part pour 4 mois (comme à chaque année depuis 10 ans), mes ateliers attirent peu de monde, il n’y a pas vraiment d’entrées d’argent, je vaque entre 2 jobs dont une me fait royalement chier, je dors sur mon bureau les journées où j’y suis, je n’ai aucune « illumination artistique » présentement et j’essaie de me rassurer logiquement par le fait que je débute comme co-propriétaire d’une galerie d’art, je peins activement depuis 12 ans et j’ai l’impression encore d’explorer et de ne pas être fixée dans mon style. Fait chier…
Je suis revenue terminer mon dernier 4 mois à ma job, et j’ai pas envie de m’habiller encore en « madame ». J’arrive déglinguée vestimentairement parlant : turban dans les cheveux, veste de jeans, bracelets au poignet, tatoo dans l’autre, chaussée de Doc Martin, m’en fous.
J’ai passé 60 ans de ma vie à surveiller mon image. Micheline Lanctôt disait qu’à soixante ans, tu deviens invisible pour les hommes. C’est vrai que ça déprime (quand tu penses que les hommes de cet âge-là, du moins certains, optent pour des plus jeunes, mais je m’en fous…) J’ai eu une belle vie, parfois avec un gros roulement de personnel amoureux. J’ai « pognée » même si j’étais en surpoids pis je m’en rendais pas compte. Maintenant que je le réalise, m’en fous… J’aurais dû en profiter plus mais m’en fous… Ce que le monde pense de moi, m’en fous et ça me fait un bien fou!!!!
Bon, je crois pas avoir l’air d’un épouvantail, je prends soin de moi mais j’assume un paquet d’affaires que j’assumais pas auparavant dont mes cheveux gris (c’est à la mode, ça a l’air. Je vais chez la coiffeuse demain et j’espère qu’il y aura un changement radical) et mes rondeurs. J’ose me mettre en costume de bain alors qu’à 35 ans, je cachais tout ce que je pouvais. Maudite folle!!!
Tout cela pour dire que la créativité c’est pareil! Y a des moments dans notre vie où on n’ose pas montrer ce qu’on fait. Quand j’ai commencé à dire aux autres que je peignais, ils voulaient voir ce que je faisais et je disais : « Non, non, non! ». Je crois que j’avais honte.
L’expérience d’être co-propriétaire d’une galerie m’enseigne qu’il ne faut pas avoir honte, que chaque personne crée un univers qui lui ressemble et qu’il faut comprendre au-delà de ce qu’on voit à prime abord. L’art nous soigne, nous console, nous réconcilie.
Témoignage : J’ai eu une chirurgie bariatrique à 59 ans. J’en ai 62. J’ai perdu 100 livres. Si je l’avais eue à 30-35 ans, je me serais sûrement fait refaire l’ensemble du « body : seins, ventre, cuisses, bras, etc. Une « presque vie » à penser que t’es pas « standard » alors que t’étais ben correcte et que les hommes te regardaient mais que t’en étais pas consciente!. À 59 ans, t’es trop heureuse de monter un escalier sans perdre ton souffle, ou de montrer tes « mous » de bras quand il fait 30 degrés.
T’as passé les vingt dernières années à te battre avec le gars derrière la caméra qui te trouvait belle mais que tu ne croyais pas même s’il restait là à tes côtés. Maintenant, tu fais un cheese et tu te sacres de tes plis de dessous de bras. Tu célèbres la vie d’être en vie!
Faque ça se peut que ta toile ne fasse pas l’unanimité, mais t’es en vie parce que tu crées! C’est ça qui te sauve de la folie!
Je sais plus qui a dit : « Je crée de peur de devenir fou! ». Célèbre la vie!
MOI PIS LES ÉGOS D’ARTISTES… C’EST 2!

Ouin… faut que je fasse un coming out ce soir : moi pis les égos d’artistes là…. C’est deux!!!
Tranche de vie : avant de peindre, j’écrivais. Je venais de vivre an affair (comme disent les anglophones) avec un journaliste de guerre. Je peux bien en parler maintenant (non, ne me demandez pas son nom) parce qu’il s’est suicidé il y a quelques années. Donc, je venais de vivre cette affair avec un journaliste de guerre (si vous avez quelques heures à me consacrer, je vous raconterai). J’ai donc écrit un essai sur cette histoire. Mais comme il était toujours vivant à l’époque et que je ne pouvais pas publier sans son consentement (et que je ne voulais pas qu’il décide du restant de ma vie), j’en ai fait un roman et j’ai changé les noms.
J’ai donc fait la tournée des éditeurs et je me suis butée à plein d’obstacles dont je vous épargnerai également les détails. Ce livre n’a donc pas été publié. L’essentiel est de savoir que cette tournée a été très instructive pour moi et mon égo. De romancière que je croyais être, j’ai pris une maudite débarque qui m’a enseignée sur le reste de mon parcours, à savoir que l’humilité n’est jamais de trop dans une vie! Malheureusement, les gens se surestiment souvent sur leur potentiel. Non pas qu’il faille se sous-estimer constamment, mais il y a une marge entre se flageller et prendre les choses de façon personnelle quand on est refusé lors d’un quelconque appel de dossier d’artiste.
Je dis « quelconque » parce qu’en bout de ligne, il s’agit d’une expérience parmi tant d’autres. Je me rappelle la première fois que j’ai exposé à la galerie d’art (avant d’être co-propriétaire), ma future associée m’avait dit : « Si tu t’inquiètes à savoir si tu vas vendre ou pas, tu vas être malheureuse pour le restant de tes jours »). Ça m’a assis ben raide! Ça m’a appris l’humilité, mais aussi le relativisme, à savoir que, tout comme dans l’écriture, il s’agit avant tout d’un coup de cœur. Au-delà du fait que c’est bien fait (i.e. bien rédigé ou bien dessiné), il y a un coup de cœur qui prime. L’éditeur (ou le galeriste, c’est selon), y va de son instinct, de son expérience et de ses compétences pour évaluer si une œuvre a «une vie ».
Ce n’est pas parce que vous êtes refusé que vous êtes mauvais. C’est peut-être juste que c’est parce que vous ne correspondez pas aux critères exigés par la galerie ou l’éditeur, au fil conducteur qu’elle se donne. (i.e. originalité, maîtrise d’une technique, etc.). Donc, il ne faut pas se décourager malgré les refus. Il faut persister tout en prenant les conseils qui nous parlent. Certains conseils ne vous seront d’aucune utilité, tandis que d’autres vous aideront à cheminer. L’important est de vous trouver un mentor en qui vous avez confiance et qui ne fait pas qu’encaisser le montant exigé pour l’atelier ou la formation, mais qui s’investit à vous « former ». Trouver un mentor afin de ne pas s’isoler dans son essence et se retrouver piégé, chemin royal vers l’obsolescence.
Cependant, il faut être conscient qu’on a beau « manger » des techniques, il faut aussi prendre le temps de les ingérer, de pratiquer, et cela demande du temps. Le temps, ça prend combien de temps? Ça dépend… de vous, de votre réflexion, d’un tas de choses. Mais du temps, c’est du temps! Je peux pas vous dire autre chose que ça.
Souvenir : j’ai un client dans mon bureau. Il vient parce qu’il ne sait pas quoi faire de sa vie. Je lui propose d’explorer quelques avenues et de voir quels seront ses feelings par rapport à ça. Surpris de ma proposition, il rétorque qu’étant LA professionnelle, je suis supposée savoir et lui dire ce qu’il va faire dans sa vie. Je lui réponds que, malheureusement, ma baguette magique est brisée et que je ne peux pas lui jeter un sort. Face de chevreuil de sa part pendant quelques secondes avant de réaliser que c’est lui qui est maître de son destin et que je ne suis qu’une accompagnatrice qui l’éclaire sur certaines choses évidentes qu’il ne voit pas, trop aveuglé par l’ampleur de sa tâche. C’est comme quelqu’un qui a le nez collé sur la tache sur un mur au point qu’il croit que la tache recouvre le mur. Mais s’il se recule, qu’il se distancie un peu de ce qu’il voit, il verra apparaître un simple petit point, à peine perceptible, sur un mur immense. C’est toujours une question de perspective… Parfois, il est nécessaire d’avoir un accompagnateur dans le chemin de sa vie. On est là pour ça.
Donc, pour revenir à mon propos du début, les égos d’artistes qui sont insultés de ne pas avoir été « choisis » me surprennent toujours. Je demeure constamment sceptique face à ces réactions et cela m’indique souvent que j’ai eu raison de prendre une distance face à mon sentiment qu’ils avaient du chemin à parcourir sur la route de la maturité.
Je ne sais pas si j’arriverai un jour à m’asseoir sur ma crédibilité d’être une artiste accomplie et de ne plus me questionner à ce sujet, mais ma formation m’a appris à toujours me poser des questions que les réponses ne viendront jamais « endormir ». J’ose espérer que c’est une bonne définition de ce qu’est « grandir » et de ne pas « s’éteindre ».
Donc, si vous êtes refusé pour une exposition ou un symposium, n’arrêtez pas d’explorer et vous mettre en danger. Mais je sais, c’est tellement plus facile à dire qu’à faire….
C’EST QUOI UN GALERISTE AU JUSTE?

Qu’est-ce que tu vas faire à ta retraite? Ouin… galeriste! Ça me tenterait pas mal!
On se prélasse dans le salon de ma pote Guylaine. C’est en 2017. On en est à notre Xième verre. On placote, on fait des élucubrations sur notre potentiel de ce que pourrait être notre vie quand on sera à la retraite. Je viens de prendre la décision que je devançais la mienne, question de santé physique et mentale même si ça va me coûter la peau des fesses. Guylaine parle de son envie de se diriger vers le secteur des personnes âgées. Moi, je songe à ma carrière tardive d’artiste et je lance, tout de go : « Ouin, avoir une galerie d’art, j’aimerais ben ça! ». On jase, là, sans prétention.
Six mois plus tard, je me retrouve plongée dans une aventure qui dépasse mes espérances, mes rêves les plus fous. Parce que ce désir d’être galeriste, c’est comme dire : « Ouin, s’il se présente une occasion pour aller sur Mars, je vends tout et je pars! ».Tsé, on est dans notre salon, il n’y a rien qui nous menace, on peut bien dire n’importe quoi! Quand on se réveillera le lendemain matin, on aura juste un mal de tête d’avoir trop bu et déliré. On se promettra de diminuer notre consommation pis on boira un et deux cafés, on prendra une douche, pis l’affaire sera ketchup! On reprendra notre quotidien pis on classera nos délires dans le tiroir des « Mettons que j’aurais eu une autre vie là », comme si on disait : « Hey, j’ai frenché Tom Berenger! ».
Y a une phrase en anglais qui dit : Be careful on what you wish …Ben le wish est arrivé! Ça s’est présenté sans avertissement, une simple conversation entre Sylvie et moi sur l’épuisement mutuel qu’on ressentait concernant nos parcours professionnels. Juste une question posée par moi entre deux bouchées de dîner : « Hey, t’aimerais pas ça avoir une associée? ». Pis la réponse qui arrive avec une image pis du son : « Toi comme associée : oui! ». Moi : pas d’image, pas de son pendant quelques secondes.
Retour à la maison dans le trafic. J’ai en masse le temps de faire aller mon hamster dans sa roue. Moi qui suis habituellement de nature prudente, les derniers événements de ma vie (décès prématuré de ma sœur à 63 ans, maladie dégénérative de ma mère, épuisement au travail) me font pencher de l’autre bord et m’interpellent sur le sens d’une vie significative, selon les principes de Viktor Frankl.
Tout cela pour dire que j’ai plongé dans une mer que je ne soupçonnais pas aussi agitée, au sens où ma retraite progressive serait tout sauf du repos à me prélasser sur mon divan et jouant au couch potato pendant quelques mois, histoire de me relever de mon continuel burnout des 15 dernières années. Morale de cette histoire : Y a rien de mieux que de plonger dans un projet pour se remettre sur les rails, même si ce projet n’est pas défini du début à la fin.
Les artistes pensent parfois qu’organiser une exposition, c’est facile. Ils t’apportent leurs dix toiles, tu prends dix clous, tu les cloues pis tu accroches les 10 toiles. That’s it, that’s all. Anywhere, anyhow… Ben, c’est un peu plus complexe que ça.
À une époque où bien des galeries ferment, il faut savoir faire les bons choix et se démarquer pour survivre. J’emploie à bon escient le terme « survivre » car il ne faut pas croire qu’on roule sur l’or. Il faut être vraiment passionné et croire en ce qu’on fait et ce qu’on est pour tenir la barre.
Pour ma part, même si je suis fille d’artiste, je n’ai pas eu une expérience positive de ce que c’était que de vivre de son art. Mon père n’a jamais réussi à en vivre et encore moins savoir bien l’exploiter. Il n’a jamais été capable de remettre au suivant et me former en conséquence. Trop narcissique… J’étais donc ignare de ce que ça prenait pour réussir dans ce domaine. J’ai abdiqué très tôt dans ma vie (mais pour bien d’autres raisons dont je vous ferai grâce aujourd’hui), et j’ai pensé que je n’étais pas douée pour la chose. Je crois que si on a la fibre artistique en soi, ça nous rattrape quoi qu’on fasse. Quand j’ai été conseillère d’orientation, j’ai utilisé certains outils artistiques avec mes clients et j’ai vite compris la force de l’Art. J’ai vite saisi que l’art pouvait être un refuge et une voix pour se guérir.
Être galeriste c’est promouvoir la visibilité d’un artiste, lui donner le sentiment d’être connu et reconnu, que son travail a une certaine valeur auprès de ses pairs et du public. L’art est un univers qui regroupe des passionnés, certes, mais y travailler demande de la rigueur, de la discipline et de l’organisation. C’est faux de penser que les artistes sont tous des gens qui ont une vie débridée et qui s’adonnent à leur passion par instinct sans trop savoir où ils vont. On ne décide pas de travailler dans une galerie par hasard. C’est la galerie et l’art qui nous choisissent et nous interpellent (« Viens, ma Madeleine… »).
Au-delà des invitations, des vernissages où on a le choix entre les petits fours et la sorte de vin, la mousse de foie gras ou les croustilles, les discussions existentialistes sur nos conceptions de ce qu’est l’art, il y a tout un travail de fond dont la majorité ignore la teneur. Oui, il faut savoir gérer les égos des artistes (certains plus que d’autres), les mettre en valeur, être à l’affût de la concurrence, faire en sorte que lors d’expositions collectives, tous ont leur place et qu’ils sont égaux en visibilité. Mais, en filigrane, il faut développer plusieurs autres compétences.
Le quotidien d’un galeriste c’est quoi? C’est majoritairement courir après les informations nécessaires à une exposition, donner un super service à la clientèle en ne laissant pas traîner les réponses aux courriels, courir après les paiements, courir chez l’imprimeur, courir pour le ravitaillement en prévision des expositions et des ateliers, donner un service A-1 lors des vernissages (et de toutes autres activités), donner du temps d’écoute à chacun, comprendre leurs besoins, leurs craintes, y répondre, voir au budget afin de payer tous les fournisseurs et les obligations de toutes sortes. Courir, donner, comprendre.
Il faut vraiment aimer l’art de toutes ses forces pour surfer sans sombrer dans la vague. Financièrement parlant, il n’y a pas un mois pareil et il faut être capable de développer une résistance face à l’incertitude et savoir gérer son anxiété. Si on est co-propriétaire, il faut savoir être à l’écoute de l’autre lorsqu’il nous parle de ses angoisses, savoir les calmer et se réassurer mutuellement. Il faut s’aimer et s’admirer beaucoup, mutuellement. Il faut surtout s’investir énormément, ne pas calculer ses heures car ce n’est pas un milieu facile qui se gère au 9 à 5. Bien des fois, Sylvie et moi on se texte, peu importe l’heure et le jour de la semaine. La notion de temps n’existe pas pour nous, même si on doit le baliser bien des fois pour prendre le temps de respirer.
On a chacune nos tâches. Parfois, on s’aide mutuellement pour en accomplir certaines. Pour ce qui est de l’accrochage, c’est généralement mon associée parce qu’elle a l’œil pour ces choses-là. Comme j’ai dit précédemment, il ne suffit pas d’accrocher des toiles au hasard. Il ne s’agit pas de prendre le niveau au laser et le braquer sur le mur pour planter des clous par la suite. Il faut être capable d’amalgamer les styles pour que chaque artiste soit mis en valeur. Le dernier accrochage pour une exposition collective regroupant 10 artistes lui a pris 7 heures! Chapeau, ma belle!
Moi qui sortais d’un univers de presque quasi-gestion depuis une décennie – et qui en souffrais -, je me disais que j’allais pouvoir enfin m’éclater dans un univers de penseurs et de créateurs. Moi qui venais du milieu de l’orientation et qui avais écouté et accompagné des centaines de clients qui vivaient des passages obligés et difficiles dans leur vie, je me disais que j’allais enfin en sortir pour aborder quelque chose de plus léger dans ma vie. Comme disait mon ex-beau-père: « Nos actes nous suivent ». Je me retrouve à être une accompagnatrice dans le développement de carrière d’artistes soit émergents, soit établis. Dans le fond, c’est la même affaire. Mais j’en suis très heureuse parce que je suis enfin sur mon X. Les compétences acquises depuis toutes ces années sont transférables dans un milieu qui me fait tripper, et c’est juste un plus.
À la galerie d’art, on cherche toujours à dépasser nos objectifs, à se demander ce qu’on va mettre sur la table pour l’année qui vient, que veut-on faire émerger comme nouvelles idées? On ne veut pas seulement démocratiser l’art et le rendre accessible à tout le monde, mais aussi prendre le risque que l’art n’est pas toujours ce qui se vend le plus, mais ce qui nous parle le plus. En d’autres mots, c’est faire en sorte que l’environnement d’une personne lui ressemble de plus en plus par les choix artistiques et créatifs qu’elle fait.
Mais il serait réducteur de dire que la galerie ne se définit que par des expositions. Nous donnons aussi la possibilité aux gens de faire des ateliers qui font émerger en eux leur côté créatif. Cela demande aussi du temps pour monter les devis d’ateliers, les développer en fonction des besoins exprimés par nos clients, échanger, discuter, développer. Nous ne voulons pas être élitistes: toute personne qui a envie d’explorer son potentiel est la bienvenue.
Des galeries comme la nôtre qui offre une vitrine d’exposition et de création sont rares à Montréal. Non, nous ne roulons pas sur l’or comme j’ai dit auparavant, mais nous n’avons pas de dettes, ce qui est signe d’une bonne santé financière. Nous prenons des risques mais calculés.
J’ai vu mon conjoint faire du 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 sur appel et ne jamais pester contre les tâches qu’il devait accomplir. Je ne comprenais pas comment il pouvait tenir. J’ai braillé ma vie sur notre bateau au nord de l’Espagne quand lui et un compagnon de voyage se sont exclamés sur le sentiment d’accomplissement dans leur vie. J’ai braillé parce que je ne ressentais pas ça et que je les enviais. Maintenant, je les comprends parce que j’ai consenti à prendre des risques pour faire ce que j’aime le plus. Il y a toujours un prix à payer pour tout; aussi bien le choisir!
Est-ce qu’être galeriste est le plus beau métier du monde? Il l’est, comme tout métier qui vous rend heureux lorsque vous vous levez le matin et que les défis sont suffisamment stimulants pour vous faire sauter dans vos jeans et mettre la clé dans le démarreur de votre voiture avec une hâte écrapoutissante d’arriver au boulot. Il l’est lorsque, même si vos coups de pinceau répétés ne donnent pas le résultat escompté et que vous ragez contre vous-même parce que vous savez qu’un moment donné, ça va donner quelque chose. Il l’est même si vous avez l’impression que les artistes ne comprennent pas vos simples instructions, mais qu’au bout du compte quand l’accrochage sera fait, vous regarderez le résultat et ça fera Wow! Vous aurez l’impression d’être entouré de beauté et que cela met un baume sur votre vie, qu’il y a un espace que vous avez créé qui fait du bien à l’âme, d’où qu’elle provienne.
LA CRÉATIVITÉ C’EST DU CARBONE 14

Souvenir:
Nous pénétrons dans la marina. Le voilier, dégarni de son mât et de sa bôme, semble si petit sur son ber, et je me félicite d’avoir vaincu en partie ma peur des hauteurs, avec une envie presque étrange d’y grimper à chaque visite.
Le vent souffle bâbord et comme il est un peu frisquet, je m’activerai plutôt à astiquer l’intérieur du carré. Serge caresse chaque centimètre de son navire. Il teste, jauge, évalue, mesure, resserre, encastre, scie, polit, nivelle. Il ronronne. Il m’explique que sur un bateau, chaque chose doit être à sa place, chaque pièce bien entretenue. Je comprends que c’est une question de survie et c’est presque religieusement que je remets au bon endroit chaque morceau après l’avoir nettoyé. J’en mémorise l’emplacement. J’ai la chance de devenir une bonne équipière et je m’y applique.
Je l’observe, si patient devant ce rituel entretenu de l’ouvrage que j’ai soudain un profond respect pour cet homme à qui je me suis liée. Ô Capitaine, mon Capitaine! Serge est un phare, celui qui rabat mes extravagances à des proportions sensées. Non pas qu’il les aplanit, mais il arrive à me les faire questionner sous un autre angle pour voir si elles sont viables. Ces mots me ramènent à la simplicité des choses, ou plutôt à ma façon toute personnelle de complexifier les situations. Ca me tétanise, alors que Serge n’est jamais arrêté dans sa course. Moi qui ai toujours exécré la routine, Serge m’apprend que la répétition d’un geste amoureux peut en augmenter sa valeur et sa finesse au lieu de l’occire. La passion s’entretient au quotidien, par des petits gestes banals, sans coup d’éclat.
En le regardant ainsi penché dans la cale, je me sens soudainement envahie d’une grande tendresse amoureuse pour lui. C’est dans ces bras-là que je veux pouvoir me bercer au couchant de ma vie. Dans toutes les sphères de sa vie, le Capitaine est constance. Cette unique pensée calme mes tourments. Je sais qu’il est heureux là où il se trouve, et de le savoir ainsi me rend heureuse également.
Dix années ont passé et je retrouve cette même routine à la Galerie. Lundi, c’est l’accrochage. Les ateliers se succèdent. Jeudi, les vernissages. Vendredi, nous recevons les toiles pour l’exposition suivante. Nous montons la salle pour les ateliers : installer les chevalets, entrer et sortir les tables, mettre tout le matériel nécessaire disponible, répondre aux courriels, faire la mise à jour du site Web, se texter, se faire un café. Gérer les contrats, acheter le matériel et payer les factures, se faire un café. S’échanger des bisous, tenir les réunions de mises à jour, aller chez l’imprimeur, se faire un café. Trouver des nouvelles idées pour renouveler les ateliers, échanger, se raconter nos vies, se texter, se faire un café. Recevoir les gens avec notre plus beau sourire, leur offrir un café, et j’en passe… La passion s’entretient au quotidien, par des petits gestes banals, sans coup d’éclat. De nous voir aller ainsi, mon associée et moi, me rend heureuse.
C’est de la routine, certes, mais c’est avant tout de la constance. La répétition d’un geste amoureux parce qu’on aime ce qu’on fait. La passion ça se nourrit par ces petites attentions qui n’ont l’air de rien. Ouvrir la porte, échanger un sourire, se mettre au diapason de la musique, laisser émerger la créativité, l’accueillir quand elle vient (si elle veut bien venir). Habiter son antre, simplement.
Un jour, un ex m’avait dit que son année record avec la même personne ne dépassait pas 4 ans parce que la routine finissait toujours par avoir le dessus et qu’il s’emmerdait (pour celles et ceux qui se posent la question : j’ai fait 3 ans avec lui!). Je lui avais répondu que ça faisait 35 ans qu’il buvait son café à tous les matins et qu’il n’en était pas saturé pour autant. À mon avis, le problème ne résidait pas dans la même personne avec qui il partageait sa vie, mais plutôt en lui-même. Je crois qu’il n’a pas aimé! Mais c’est comme ça : l’ennui ne vient pas du fait qu’on fait la même affaire depuis des lustres, mais plutôt du fait que, peu importe ce qu’on fait, on ne ressent pas en soi de réelle gratification, de remise en cause et de spontanéité.
« Routine n’est pas organisation, pas plus que paralysie n’est ordre » (Arthur Heps).
Si vous avez appris à marcher, c’est parce que vous êtes tombé mille fois peut-être, mais vous ne vous en rappelez pas. Vous avez répété le geste, maintes et maintes fois, sans vous lasser. La créativité, c’est pareil. Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage… Oui, je suis comme vous, j’ai le syndrome de la toile blanche.
Au pire, si ça marche pas cette fois-ci, je repeindrai par-dessus. Et quand je serai morte, on pourra toujours passer mes toiles au Carbone 14 pour découvrir tout ce qu’il y avait en-dessous. Pis à ce moment-là, vous serez bien contents de posséder une de mes œuvres!
LA CRÉATIVITÉ C’EST COMME LES DENTS DE LA MER

C’est toujours la même chose : à chaque fois que le Capitaine est sur le point de s’envoler vers d’autres terres, je ne le réalise pas. Les heures passent, les tâches s’enchaînent et les jours s’égrainent comme une prière, une litanie, sur les grains de chapelet. C’est moins pire qu’avant, c’est vrai, je dois l’avouer!
Parce que dans le passé, j’étais suspendue aux croix que je marquais sur les jours qui passaient avant SON grand départ. J’étais quelqu’un qui soupire sur le quai. Maintenant, c’est devenu une routine. Et c’est bien. Ça fait partie de ma vie, donc c’est pas un drame. C’est comme la première fois que tu exposes tes toiles : tu es tout excitée, t’as des papillons dans le ventre et la salle de bain devient ton meilleur ami! Par la suite, c’est juste un petit soubresaut parce que tu sais que si tu vends, c’est un plus, mais si tu vends pas, c’est pas la fin du monde.
Le Capitaine part pour 4 mois environ, comme d’habitude depuis 11 ans. C’est juste que cette année, j’irai pas le rejoindre, parce que je veux que mon retour de retraite progressive soit moins long et pénible. Donc, j’ai mis mes vacances à la fin, c’était un choix. J’ai fait le deuil de plein d’affaires : non seulement ne pas aller rejoindre le Capitaine, mais aussi rayer de ma liste la possibilité d’aller en Italie avec ma pote Guylaine (et sa copine Annie). Que de choix difficiles diraient certains, tandis que d’autres pourraient facilement dire : « Hey, tu me feras pas brailler là-dessus! ». Oui, je sais, j’ai de la chance, y a pire comme situation de vie! Donc, je me suis habituée. J’ai de nouveaux défis dont celui de la cogestion d’une galerie d’art.
Je suis un peu nase ces temps-ci parce que je partage mon temps entre mon retour de retraite progressive au travail et la gestion de la galerie. Peu importe où je me trouve, j’ai l’impression de ne jamais y être totalement, une partie de mon esprit est toujours un peu « out ». Mon énergie fait des free games : quand je suis au bureau, j’ai le front, ronflant, sur la table de travail dès l’heure du midi, et quand je suis à la galerie, je pourrais peindre jusqu’à minuit, je pète le feu! C’est selon… En conséquence, mes semaines sont en dents de scie.
Je descends dans mon atelier. Les jours où je suis en congé, c’est des illuminations; les jours où je travaille, je torche. C’est comme ça, des hauts et des bas. La logique voudrait que je n’y aille pas les jours de travail mais c’est plus fort que moi : l’atelier m’appelle. Il n’a pas conscience du temps, ce tyran!
La retraite progressive, c’est dur! Là, j’ai l’air de me plaindre parce qu’il y a pire sort et que j’ai tendance à me comparer à mieux : mon Capitaine qui est sur le point de partir naviguer, un copain, Daniel, qui planche à vélo aux States, une vieille amie qui est sur son départ pour l’Afrique… Hey, la vieille!! Calme-toi le pompon pis reviens à la réalité!
La créativité, peu importe le contexte, c’est toujours difficile à nourrir. C’est une bête qui a toujours faim, nonobstant la nourriture que tu lui donnes, et la table que tu lui dresses.
Je vais passer l’été à chasser les nids de guêpes aux alentours de la maison et les moufettes qui passent sur mon terrain pour aller à leur congrès de moufettes pas trop loin. Je vais passer l’été à me triturer les méninges pour pondre des rapports à rédiger avant de tirer ma dernière révérence, les soupers de sacoches qui sont toujours heureuses de se retrouver, les visites à ma mère qui se rappelle de moins en moins ce qu’a été sa vie. Je vais passer l’été à aller rejoindre des amies artistes dans un chalet, ou me donner un rendez-vous seule avec moi-même dans un endroit perdu (si un de mes chums me le propose). Je vais passer l’été à inventer de nouvelles idées et projets pour maintenir toujours vivante la Galerie.
L’été va passer, mes angoisses aussi. Le Capitaine va revenir et une autre saison va commencer. La vie c’est toujours et souvent tout ce qu’on n’a pas prévu. Ce qui me rassure c’est que, peu importe ce qui arrive, la créativité, malgré ses sautes d’humeur, sera toujours au rendez-vous à partir de maintenant dans ma vie!
LA CRÉATIVITÉ C’EST COMME LA DANSE

F. était mon deuxième mari. Il aimait danser et il dansait vraiment bien. Un jour qu’on cherchait des activités communes (parce qu’on sait que même si on a des activités différentes, il demeure que des activités communes ne font pas de mal au bien-être d’un couple), on est tombé d’accord sur des cours de danse sociale. Après 3 sessions, on se débrouillait pas mal. On assistait religieusement à nos cours et nous allions aussi à des soirées de danse qui réunissaient tant les « poches » que les « presque professionnels » pour se faire aller sur la piste de danse les samedis soirs. Les choses allaient très bien jusqu’à ce que notre professeur nous approche pour nous offrir de nous inscrire à un concours qui avait lieu en fin de session.
Première réaction de ma part : « Euh… non! », tandis que première réaction de mon conjoint : « Euh… oui! », suivies d’une discussion au retour à la maison. :
Moi : « T’es pas sérieux, là? »
Lui : « Oui, ça va être le fun! ».
Moi : Face de chevreuil ébloui par des phares en pleine nuit.
Résumé de l’histoire : On a fait le maudit concours pis on n’a pas gagné.
C’est pas ça qu’il faut retenir dans l’histoire. L’essentiel c’est que dans ma tête c’est devenu une job et non un loisir pour oublier les tracas du quotidien. Après « l’ostifie » de concours, je lui ai signifié qu’il n’était plus question pour moi de suivre des cours de danse parce que ça me stressait plus qu’autre chose.
Vingt ans passent. Je suis divorcée (pas pour cette raison-là, ahahah). Je rencontre le Capitaine et même si on a, chacun de notre côté, des vies bien remplies, on cherche, comme tout bon couple, à se trouver des activités communes (tiens, on dirait le jour de la marmotte!!). Comme j’ai toujours aimé danser, je lui propose des cours de danse. Il me lance un regard de mort dans l’âme.
Lui : « T’es pas sérieuse, là? »
Moi : « Oui, ce serait le fun! »
Lui : « Non, tu veux pas ça! Je te signale que j’ai fait une session de cours de danse avec une ex et ça a signé notre arrêt de mort. Ben, si tu veux une bonne raison pour divorcer, c’est le temps!».
Moi : Face de chevreuil ébloui par des phares en pleine nuit.
La seule fois où j’ai vu mon chum danser c’est lors d’une soirée d’anniversaire d’une amie. Alors que je m’expansionnais seule (i.e. sans lui) sur la piste de danse les yeux fermés, quelle ne fut pas ma surprise de voir mon chum à mes côtés lorsque j’ouvris les yeux. Pour imager la scène, je dirais que ça ressemblait à l’ours qui danse dans une pub de papier de toilette Charmin! (http://www.culturepub.fr/videos/charmin-baby-got-back). En d’autres mots, mon chum n’a jamais compris que le haut et le bas du corps, c’était pas soudé ensemble!
Bon, j’ai dû choisir entre des cours de danse et la survie de mon couple parce que comme j’avais déjà vécu ça, j’ai compris qu’il ne servait à rien de le harceler et que notre couple pouvait très bien fonctionner sans cette activité. Tout ça pour dire que la créativité doit être du plaisir et non une job.
Donc, si vous planchez comme un malade sur une production, live it. Faites autre chose, sacrez-vous patience! La créativité, ça doit être du plaisir avant tout. Bon, je vous mentirais que de vous dire que je suis toujours très zen quand je vais dans mon atelier. Il y a des moments d’angoisse et de pression, mais j’essaie de faire en sorte de lâcher prise la majorité du temps.
De toute façon, comme j’ai dit dans un autre article du blog : c’est quand on est occupé à faire autre chose que les idées émergent. Je vois certaines élèves arriver à mes cours et « varger » sur leur production comme si c’était un cas de vie ou de mort. Sur le coup, je me demande si elles ne vont pas me faire une crise cardiaque entre les mains!
Il faut oser pour mieux ressentir, certes, mais la créativité ne va pas de pair avec la pression. Des fois, on est dans le beat, pis des fois la musique ne nous inspire pas. Des fois, les mouvements sont fluides, pis des fois c’est mécanique. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que c’est avant tout une activité éducative qui nous renseigne sur nos potentiels, sur notre capacité à lâcher prise, c’est permis et encouragé. Dites-vous ça : vous avez le droit d’explorer sans que rien ne soit jugé au bout du compte.
On est là pour explorer des chemins qu’on ne prend pas habituellement. À la galerie d’art, c’est ça qu’on explore, au-delà des techniques. Un moment pour soi-même, face à soi-même. Simplement…
L’ART PERMET DE COMPRENDRE QU’IL FAUT LUNCHER AILLEURS

Une joie de se permettre d’être soi-même, positif ou négatif. Je n’avais pas été transformée par miracle. Et, d’ailleurs, je n’ai jamais vécu heureuse après cette transformation. J’ai souvent eu peur. (Liv Ullmann, Devenir)
Combien de fois ai-je entendu quelqu’un me dire qu’il n’avait aucun talent, aucune créativité? Encore cet après-midi, une jeune femme arrive à la galerie et me dit qu’elle passe souvent devant sans jamais oser s’arrêter. Pour la première fois, elle y entre. Les ateliers que nous offrons l’intéressent vraiment, mais elle s’empresse de me dire qu’elle n’a VRAIMENT aucun talent.
Quand j’entends ça, je me demande toujours à partir de quels fondements elle base son talent? Cette personne a-t-elle suivi des cours dans lesquels son talent a été évalué négativement? Y a-t-il des gens dans son entourage qui l’ont encouragée ou découragée? A-t-elle eu un environnement favorable pour développer sa créativité?
On peut passer une vie à croire qu’on n’a aucun atome crochu pour les arts. Je le sais, je suis l’exemple parfait pour avoir eu un père, artiste, qui a découragé mon talent peut-être parce qu’il se sentait menacé dans le sien. Ça prend parfois des années – toute une vie – pour comprendre que notre parent n’était pas omnipotent et qu’il avait des faiblesses comme tout être humain.
Le mien avait traîné une blessure narcissique qu’il n’a jamais pu régler. Il est mort dans une parfaite angoisse. Ça m’a marquée parce qu’au terme de sa vie je n’ai retenu, pendant longtemps, qu’un visage d’homme terrorisé, alors que j’aurais souhaité que mon dernier souvenir de lui soit apaisant lorsque viendraient les choix suivants dans ma vie. Or, ce ne fut pas le cas; j’ai dû me construire seule. Le travail ne fut pas de tout repos, ni pour moi, ni pour mon entourage. Ce que j’ai pu leur faire endurer, ce n’est pas « disable »!
« Être l’enfant de… », c’est toujours difficile à la base. Mais « être l’enfant de… » quelqu’un qui est narcissiquement blessé, c’est monstrueux parce que soit il faut se démarquer (donc se poser en s’opposant), ou abdiquer. Dans les deux cas, ça demande une énergie considérable. Il faut être fait fort pour en sortir résilient et équilibré. Je salue ici des tas de gens que je connais et dont le parcours a été semé d’embûches: des gens plus vieux, du même âge et plus jeunes que moi (maudit!! Ça change-tu un moment donné??). Il demeure que, somme toutes, ce sont les gens les plus intéressants. Des parcours non linéaires. Mais, en même temps. je ne peux que frémir à l’idée que ma fille ait dû se frayer un chemin parmi tous les amoncellements de détritus dont elle a hérités. Mais elle a réussi et j’en suis fière!
Je mentirais que de dire que la créativité sauve de tout. Mais j’aime à croire qu’elle permet souvent une rencontre avec soi-même qu’il ne faut pas manquer. Un genre de déclic qui dit: « Hey, réveille et centre-toi sur toi-même, juste un moment ».
Plutôt que de se défouler sur les autres et les tenir responsables de nos malheurs, l »art ouvre la porte pour « savoir luncher ailleurs ».
LA CRÉATIVITÉ C’EST COMME LE SKI HOT-DOG!

Discussion entre ma partner et moi sur nos expériences d’intervention passées avec différents types de clientèle, pendant qu’on prépare le vernissage de ce soir. Je lui donne comme exemple la fois où j’avais fait mon stage de baccalauréat en orientation dans la spécialité réadaptation. J’habitais à Québec et j’avais choisi l’Institut universitaire de réadaptation (autrefois appelé le Centre François-Charron). Je m’étais retrouvée, par hasard, avec un célèbre skieur qui avait eu un accident de parapente.
Moi : Oui, tu sais, comment il s’appelait déjà? C’était la célèbre famille de Beauport qui faisait du ski hot-dog et qui était allée aux Olympiques.
Associée : Du ski hot-dog? C’est quoi ça?
Éclat de rire de mon associée qui se claque quasiment sur les cuisses.
Moi : Ben oui, du ski hot-dog, tsé… comme du ski acrobatique!
Autre éclat de rire de mon associée : Ben voyons, Mado, c’est un terme que t’as inventé.
Moi : Je te dis que non, ça se disait à l’époque. Je te jure que je vais aller sur Internet pis que je vais trouver c’est quoi!!
Sourire narquois de mon associée qui marmonne : Ski hot-dog, t’es drôle, toi!
Elle en rajoute une couche en riant : Tu pourrais écrire un article sur le ski hot-dog!!
Moi dans ma tête : Ouin… certain que je vais en écrire un. Tu « créeras » même pas à ça!
La soirée de vernissage se passe super bien. Je rencontre plein de nouvelles personnes et j’oublie la discussion. Après que tout le monde soit parti, on reste et on fait le ménage. En partant, mon associée me lance : Vais toujours ben demander à mon chum s’il connaît ça du ski hot-dog! Autre éclat de rire.
J’arrive à la maison et elle m’a déjà textée : Mon chum a déjà fait du ski hot-dog!!, suivi d’un Émoji qui rit aux larmes.
Tu perds rien pour attendre! Voici ce que j’ai trouvé au lien suivant :
Début des années 1970, le Hot-Dog ( le nom origine du ski de bosses ) résumait en 2 mots le côté frime et le petit grain de folie qui caractérisaient les pratiquants de cette discipline révolutionnaire à l’époque. Elle consistait en une descente sous forme de grandes courbes en rebondissant de bosses en bosses et en exécutant de nombreux sauts écarts ou daffy voir des « shoulder-roll » genre de sauts périlleux avant. Le principal était d’utiliser au mieux les bosses naturelles selon l’improvisation de chacun (…) Toujours est-il que les 1ères compétitions du genre naissent aux USA début des années 70 sous le patronyme Hot-Dog. Elle consiste en une même descente par un enchaînement de grands virages dans les bosses, de sauts sur des tremplins et pour terminer des figures dites de « ballet » C’est en1972 que les 3 disciplines sont créées séparément pour proposer les Bosses, le Ballet et le Saut Acrobatique.
Bon, enfin, quelqu’un de ma génération! J’ai beau être un dinosaure, j’oublie ben des affaires mais pas l’essentiel, surtout quand ça m’amène à faire un lien avec la créativité parce que c’est avant tout une démarche qui n’a rien d’un fleuve tranquille.
Plonger au cœur de sa créativité c’est comme une descente en ski dont il faut contrôler (ou tenter de) plusieurs paramètres. C’est avant tout un saut périlleux en avant. On est devant une toile vierge, lisse, mais qui comporte plusieurs obstacles. Comme dit mon associée, c’est des problèmes à résoudre.
Chaque geste exécuté avec le pinceau ou le couteau peut nous amener à faire un virage ou un saut vers l’inconnu. C’est une chorégraphie qui nous fait voir de nouveaux mouvements à apprivoiser, tout comme les différentes techniques et médiums à découvrir. Des couches et des couches, du travail et du travail…
On se fait souvent demander ce qu’on fait comme profession, ou si on a des enfants, une maison, ou encore si on a voyagé et où. Mais jamais, ou très rarement, on se fait demander si on est heureux! Pour moi, la créativité est le meilleur endroit où je peux être parce que malgré le travail exigé, malgré les obstacles appréhendés, malgré l’incertitude financière que cela génère, il demeure que c’est un des seuls moments qui me permet d’être dans le présent, sans penser à rien d’autre, comme un mantra qui me centre sur moi-même. Oui, il se peut qu’il y ait une « bosse » plus difficile à appréhender que ce que j’avais prévu. Oui, il se peut que le tremplin que je décide de prendre soit plus accentué que ce que je pensais et que cela me donne le vertige et l’envie de reculer. Oui, il se peut que je sois confrontée à des « champions olympiques » qui ont plus d’expérience que moi. Mais je ne connais aucun feeling qui soit plus gratifiant car, somme toutes, tous ces obstacles me stimulent plus souvent à avancer qu’à stagner. Et c’est ÇA qui rend heureux.
Si t’oses pas bouger, tu t’épargnes bien des misères, c’est vrai, mais aussi bien des gratifications. Bon, pour être honnête, je suis pas « game » d’essayer tout ce qui passe. Je suis pas une « gameuse » dans la vie. Mais il y a des défis qui m’interpellent plus que d’autres.
Et vous, quel est le vôtre?
DEADLINES…

J’ai des deadlines et ça me stresse. J’essaie de prendre ça relaxe mais faut croire que je n’y arrive pas. Pourtant, je dors bien, je me lève heureuse et les jours passent à la vitesse de l’éclair. C’est juste que je ne produis pas ces temps-ci.
C’est faux, je produis : tests de couleurs, de formes, de collages, mais rien ne m’emballe dans ce que je fais. Si moi, je ne tripe pas sur ce que je fais, imaginez les autres!
Les deadlines arrivent à grands pas : je dois proposer au moins 4 œuvres pour Artistes de cœur d’ici la fin avril (et n’allez pas croire que je serai automatiquement choisie parce que je fais partie du comité organisateur, ça marche pas de même!). Je dois aussi produire pour l’exposition Émotions qui aura lieu en avril. Je dois aussi faire de la promotion pour mes ateliers à la galerie d’art, et ça ne se bouscule pas aux portes pour les inscriptions.. En plus, je retourne au boulot dans 11 jours terminer mon dernier 5 mois de travail de retraite progressive. J’capote!!!! Je dois, je dois, je dois… Mauvaise façon de débuter une phrase.
Jasette avec mon associée hier. Elle me dit que la création c’est jamais quelque chose de constant, qu’il y a des moments de gestation et que je dois probablement être dans ce moment et qu’il me faut l’accueillir. C’est juste que ça tombe mal parce que j’ai des foutus deadlines. J’ai écrit un article cette semaine sur les étapes du processus de création, « faque » je sais tout ça, mais ça me fait quand même du bien que mon associée me le rappelle…, mais j’capote quand même!
Respire, inspire, respire, inspire… J’essaie de me conditionner pour faire autre chose : fais de la popote, du ménage, du rangement, n’importe quoi pour occuper tes méninges pendant que ton cerveau droit prend la place. C’est juste que j’ai hâte qu’il accouche!
Je me dis que je dois focuser sur l’idée que c’est un des plus beaux moments de ma vie. C’est que parfois, encore et souvent, j’accomplis des tâches anodines, rien de bien fatiguant pour les méninges. Je ne pense à rien en particulier. Et alors, ça me saisit, ça me transperce d’un coup comme un couteau. Parfois, c’est comme une grande joie mêlée de douleur, comme un moment de conscience éclairée, une transparence fulgurante qui monte du fond de ma poitrine, un chagrin arrêté dans sa course effrénée alors qu’il remontait dans ma gorge, quelque chose qui rencontre le mur de l’incommunicable et s’y fracasse à tous les coups : j’ai passé à un cheveu de ne pas vivre ça, et maintenant que c’est là, je sais pas toujours comment dealer avec ça.
C’est difficile à expliquer. On est là, on fait des choix, on fait sa vie. Et les choix qu’on faits tissent notre vie. La plupart du temps, on ne pense même pas que notre vie aurait pu être autrement si on avait fait d’autres choix. C’est comme des portes tournantes : que serait-il arrivé si j’avais pris cette porte plutôt qu’une autre? Si j’avais suivi telle personne plutôt qu’une autre? Et si, au contraire, j’avais laissé les autres me suivre?
Ça s’installe toujours subtilement, furtivement. C’est un moment fugace, à peine perceptible pour les yeux et l’âme. Ça se présente entre les lignes, les non-dits souvent. C’est comme regarder ton wall sur Facebook et voir un message passer : « Hey, j’ai un billet pour LA vie, qui est intéressé? ». Puis, tu lis le prix pis t’es pas sûr, t’hésites. Mais à bien y penser, y a toujours un prix à payer, peu importe ce que c’est! Alors….
Cette fois-là, il y a quelques années, j’ai décidé de retourner à mes sources profondes, celles qui m’ont trop souvent tourmentée parce que je les avais refusées.. l’art. Ces sources que j’ai si bien fait taire durant toutes ces années, celles-là même qui effrayaient tant de gens autour de moi et qui m’effrayaient de surcroît. Je les retrouve enfin, plus sûre de moi-même pour les accueillir. Une longue gestation de soixante ans, c’est plus que mettre un éléphant au monde. C’est un inexplicable revirement qui me fait revenir à mes sources autrefois étouffées. Et « voilà-ti » pas que je me paie le luxe de capoter, alors que je ne fais que me rapprocher de moi-même. Come on, Mado, relaxe!
Je devrais savoir que le silence rapproche et l’abandon devient un moment de grâce. Même si je sais cela, il m’arrive parfois de me laisser submerger par un trop-plein d’émotions. Et j’oublie alors qu’il existe un endroit où personne ne peut aller, où moi seule peux pénétrer, un endroit où, jadis, quelqu’un m’y a emmenée pour m’y abandonner seule et forte. Je peux m’y aventurer yeux bandés, c’est mieux. Je pousse la porte, je découvre le silence qui enrobe la maison et me voilà rendue. Je m’assois près de la fenêtre et je regarde au loin, quand je réussis à ouvrir les volets. Parce que, parfois, la reconnaissance de soi est une maison aux volets clos sur un terrain miné dont nous connaissons les emplacements, les repères, les gouffres. Et même si c’est difficile, même si « l’illumination » ne vient pas, il faut savoir rester là.
C’est quelqu’un qui m’a appris ça, un jour, il y a très longtemps, quelqu’un qui a vécu la guerre, la vraie. Il ne s’est pas sauvé. Il est resté là à tenter quelque chose, comprendre ou je ne sais quoi. Rester là même quand c’est difficile, que tout semble perdu et qu’il n’y a plus d’espoir.
Il m’arrive parfois de l’oublier, même si je m’insurge à toute idée qu’il faille uniquement partir de soi-même, se ramener à ses propres motivations encore et toujours en premier, comme si l’Autre, le fait de passer par l’Autre, n’était infailliblement qu’un acte inutile pour s’approcher de soi-même. Il y a dans ce double – face à soi – quelque chose qui me fascine. Il ne s’agit pas de n’importe quel double mais de quelqu’un qui nous reflète parfois, même dans son contraire.
Alors oui, il faut être attentif à ces moments de gestation lorsque rien ne sort. Parce qu’en réalité, il est faux de dire que rien ne sort. Peut-être que dans la main prolongée par le pinceau, rien de significatif ne sort pour le moment, mais ça va venir…
LA PEAU DE L’OEUVRE: OU RETOUR SUR LES ÉTAPES D’UN PROCESSUS CRÉATIF

Ainsi, la peau de l’œuvre est la couche à la fois soyeuse, souple, parfois rigide ou rugueuse par laquelle peut se réaliser le passage… [i]
Des millions de gens créent, certains ont la chance d’être reconnus par le public et moins encore passeront à la postérité. À la galerie d’art, nous offrons des ateliers de créativité, ceci veut dire que nous sommes plus intéressées par ce qu’Anzieu appelle « la poïétique »[ii], c’est-à-dire ce qui touche aux mécanismes de la production d’une œuvre par un artiste, plutôt que par l’esthétique, soit l’évaluation ou l’effet de cette œuvre sur le public. En d’autres mots, nos ateliers cherchent à faire émerger chez la personne l’origine d’où cela vient. Il ne s’agit pas ici de faire de l’art-thérapie ni de verser dans la psychanalyse, mais plutôt de se centrer sur les étapes du processus créatif, car il faut bien le préciser dès le départ, la création découle d’un processus.
Faisons dans un premier temps la différence entre créativité et création en se basant sur les propos d’Anzieu. La créativité est, selon lui, un ensemble de prédispositions de caractère qui peuvent se cultiver et se trouvent sinon chez tous, du moins chez beaucoup. La création, quant à elle, c’est l’invention ou la composition d’une œuvre qui répond à deux critères, soit l’apport de nouveauté et la reconnaissance de sa valeur par le public.
La créativité réfère donc à une aptitude, tandis que la création est une production. Ce n’est pas parce qu’on est créatif qu’on est forcément un créateur. Être créatif peut s’exprimer de plusieurs façons au quotidien : par l’invention d’un bidule pour solidifier une chaise, par la métamorphose d’une recette alors qu’il nous manque certains ingrédients, ou encore la création d’une activité pour occuper les enfants un jour de tempête. Peu importe l’origine, il y a à la base une problème à résoudre.
Mais en art, comment peut-on passer de la créativité à la création? C’est ce qui nous intéresse particulièrement et qui est à la base des ateliers que nous offrons : créer un passage entre notre créativité, parfois bien enfouie, vers la création, c’est-à-dire l’émergence d’un travail qui sera, éventuellement, présenté au monde. C’est pourquoi l’effet salutaire du groupe sera d’une grande importance. J’y reviendrai plus loin.
Le processus créatif passe par bien des étapes et cela prend du temps. C’est ainsi que nous ne pouvons pas prétendre qu’une œuvre sera toujours achevée au terme d’un jour d’atelier. Notre but n’est pas tant la finalité que de rendre les participants sensibles au processus qui s’installe en eux. À titre d’exemple, on a beaucoup vanté depuis quelques années les mérites d’un entraînement physique par intervalles (i.e. séances d’exercices à intensité modérée auxquelles on intègre des courts segments d’exercices à haute intensité). C’est un peu la même chose dans le processus créatif : pour qu’il soit efficace, il faut alterner conscient et inconscient.
Anzieu explique que la création fait suite à une « crise ». Il faut comprendre ici ce terme comme un travail intérieur qui s’est déjà installé et qui a comme objectif soit une remise en question, un nouvel équilibre, un projet ou un dépassement de soi. Ce processus peut autant provenir d’événements significatifs (deuil, accident, changement de profession ou de style de vie, etc.), que d’événements plus difficiles à cerner (rêves, rencontres, etc.). Ces changements peuvent longtemps germer en nous avant de trouver une voix/voie d’expression. C’est pourquoi les participants qui s’inscrivent aux ateliers arrivent chargés d’émotions, d’idées, de projets, curieux de pouvoir explorer de nouveaux médiums pour les exprimer. Ils ont suffisamment incubé pour avoir le désir de créer quelque chose qu’ils n’arrivent pas, bien souvent, à nommer.
Nous pourrions dire cependant qu’ils sont en état de vigilance, comme une sentinelle qui scrute le monde autour d’eux et en eux. Le plus difficile à ce moment-là est de laisser les idées rationnelles et le vocabulaire habituel de côté pour aborder le monde des images.
On saisit – ou on est saisi – par une idée, comme une sensation vague que quelque chose va émerger de soi. Déjà, il y a un problème à résoudre…
Exploration et saturation
Qui n’a jamais conté à un ami un moment difficile, crucial dans sa vie, et s’est aussitôt fait gratifier d’une solution à l’emporte-pièce alors qu’il voulait simplement être entendu, reçu? Frustrant pour certains. C’est parce qu’on le fait souvent avec soi-même : tenter de trouver une réponse sans avoir pris le temps de se laisser immerger par l’inconfort de ne pas savoir, trouver.
Comme on ne crée pas à partir du néant, il faut savoir prendre le temps de recueillir des informations, d’explorer mais aussi d’observer. En développant la curiosité, l’intuition vague va finir par se fixer en formes, couleurs et mots.
Rien de ce qu’on trouve à cette étape ne doit être tassé du revers de la main ou ne doit être qualifié « d’idées folles ». Il faut se poser des questions : Que veut-on exprimer (émotions, sensations)? Que veut-on faire ressentir à ceux qui verront notre œuvre? Quel est le meilleur style à explorer pour décrire ce qu’on veut transmettre?
Gestation
Je m’organise toujours pour que cette étape coïncide avec l’heure du lunch ou la démonstration d’une technique particulière qui a parfois peu à voir avec l’activité en cours. C’est l’étape du lâcher-prise, le moment où il ne faut plus penser à ce qu’on faisait et laisser l’inconscient faire son travail. C’est de cette façon que le cerveau droit entre en action : préparer son repas, jaser avec les autres, aller prendre une marche, etc. En somme, faire des activités qui sont peu consommatrices en charge mentale. C’est aussi simple que ça.
Si vous êtes chez-vous, faites n’importe quoi d’autre : du vélo, de la course, préparer un repas, écouter la télé, jouer sur son ordinateur, faire une sieste, parler au téléphone, aller maganiser. Peu importe…
Euréka!
Bon, ça ne se passe pas toujours par une illumination! C’est pas tout le monde qui, comme Alexander Fleming, a découvert la pénicilline par hasard! Mais une chose est sûre : les meilleures idées ou solutions arrivent souvent aux moments les plus inopportuns (dans la douche, en pleine nuit alors qu’on se réveille, en jasant de banalités avec quelqu’un, etc.). Pourquoi? Parce qu’on n’est pas en train de faire un effort intellectuel pour résoudre un problème.
En d’autres mots, ne vous acharnez pas sur une œuvre jusqu’à ce qu’elle soit terminée parce que sinon, elle terminera probablement dans la poubelle ou sous un amoncellement d’autres toiles dans le fond d’un bac ou sur une tablette! Comme j’aime à dire : « Sacrez-lui patience… et à vous aussi, par le fait même! ».
Création de l’œuvre
La seule place où le Succès arrive avant le Travail c’est dans le dictionnaire!
Une œuvre, c’est du temps. Du temps (on ne sait pas combien, vive l’incertitude!), mais c’est fait d’ébauches, de tâtonnements, de couches par-dessus couches, de reprises, de retouches. En un mot, du travail!
Un atelier donne du temps pour mâter l’exigence en soi, le conflit entre ses préjugés personnels et ses peurs que cela ne soit pas « beau », ou que cela ne soit pas reçu comme « beau ». Pour certains, ces peurs sont suffisantes pour ne pas s’inscrire à un atelier, mais il faut comprendre que le groupe a ici toute son importance. Parce qu’on peint souvent dans la solitude de son studio, de son sous-sol, seul(e) face à sa toile, dans le cadre sécurisant de son « home, sweet home ». Le groupe revêt ici une fonction non seulement dynamique (pour mobiliser l’énergie des participants), mais aussi une fonction d’échanges de connaissances et d’oreille attentive et bienveillante pour encourager à explorer plus avant. Le groupe sert de catalyseur pour contrebalancer le jugement négatif qu’on porte trop souvent sévèrement envers soi-même (pas besoin des autres pour se dénigrer, hein?). Comme nous sommes souvent nous-mêmes aveuglés par notre propre notion de ce qui est beau ou laid, le groupe sert de moteur pour explorer plus avant et dépasser cette limite.
La création n’est donc plus solitaire mais « accompagnée » et porteuse de nouvelles avenues jusque là inexplorées.
Exposition
Exposer, c’est s’exposer. Mais cela permet aussi de se détacher de l’œuvre – de soi – en l’exposant avec, en filigrane, la peur omniprésente des jugements, des critiques. Ce qui veut dire qu’à partir du moment où une œuvre est achevée, elle ne nous appartient plus. Cela exige un travail de deuil afin de la laisser aller, mais, en compensation, quelque chose qui naît à partir de ce que le spectateur comprend et qu’il s’approprie, souvent différemment de ce que l’on voulait exprimer.
Cela nous permet d’apprendre non seulement à communiquer ce que signifie notre œuvre, mais l’adapter et la valoriser – se valoriser. Là encore, le groupe permet un support indéniable puisque ce qu’on a produit est une représentation, en partie, de soi-même. Mais, à l’instar de ce que disait Maurice Dantec : (…) ce qui compte dans un livre, c’est ce qui se passe une fois que le lecteur l’a refermé. On aura compris que ce qui compte dans une œuvre, c’est ce qu’en interprète le récepteur, au moment où on l’expose, car elle ne nous appartient plus.
La folie c’est l’absence d’œuvre (Michel Foucault). Alors, profitez du moment qui vous est octroyé!
[i] A. Jacques; A. Lefebvre. La création artistique… un en-deçà du désir. De Boeck Supérieur/Cahiers de psychologie clinique, 2005/1, no. 24, p. 222.
[ii] D. Anzieu. Le corps de l’œuvre. Gallimard, 1981.
S’ISOLER POUR CRÉER

J’ai passé des heures complètement absorbée par ce que je croyais être ce que les autres voulaient me voir faire. La crainte de blesser, la crainte de l’autorité, le besoin d’amour m’ont parfois mise dans des situations absolument absurdes. (…) Bien des rêves que j’ai caressés ne devaient jamais se réaliser, mais j’ai découvert, en revanche, une chose que je n’avais jamais rêvée, À savoir que la réalité peut être merveilleuse, même si la vie ne l’est pas (Liv Ullmann).
J’adore voyager, découvrir de nouveaux endroits et façons de vivre, mais il n’y a rien que j’aime mieux que de glisser la clé dans la serrure et refermer la porte derrière moi. Je retrouve mes murs, mon antre, mon home, sweet home.
J’enlève ma pelure de la journée et je revêts mes plus vieux habits, tous plus disparates les uns des autres, à des années-lumière d’un look sexy mais tellement confortables !
Souvenir : dans cette maison où il n’y avait pas de place pour l’enfance, mon père exigeait qu’on soit toujours lavés, poncés, vernis et habillés convenablement avant de passer à table. Le régime militaire prévalait dans SA demeure si bien que j’en ai gardé un goût amer au fil du temps et que je peux aujourd’hui passer des jours entiers en pyjama si je ne reçois pas ou que je ne suis pas obligée de sortir. Je pars à l’épicerie, je fais provision de solides et de liquides et je m’enferme dans mon atelier. Je branche mon Bose et j’oublie le temps qu’il fait dehors ou quelle heure il est. Seul mon estomac me rappelle que je dois nourrir mon corps de temps à autre si je veux garder mon esprit à l’affût.
Mon rythme circadien n’est régi que par ma créativité ou mon sommeil. Plus je vieillis et plus je deviens monacale. Depuis longtemps, je ne ressens plus ce besoin de m’épivarder dans un bar, d’aller voir ailleurs si d’autres de mes semblables y sont. J’ai de longues discussions avec moi-même et je me réponds ! Je m’entends plutôt bien avec moi-même.
Il y a quelque chose d’apaisant à ne plus avoir envie d’être regardée, remarquée, ce qui est, somme toute, une grosse économie d’énergie dans mon cas. C’est que j’ai longtemps eu les frontières de mes valeurs élastiques si je puis dire, à m’ajuster aux priorités des autres, comme une sorte de déformation professionnelle due à mon métier d’intervenante. Passer la moitié de sa vie assise à écouter, saisir, résumer, répondre, soulager… Maintenant, c’est debout que je peins la plupart du temps.
Il m’est arrivé de nombreux moments dans ma vie où malgré le fait d’être constamment entourée, je me sentais tout à fait seule. Les choses ont bien évolué depuis car quand je suis seule, je ne le suis jamais vraiment puisque c’est avec moi-même que je suis, ce qui revient à dire que parfois j’ai des conversations plus intéressantes que lorsque je suis en société ! Mais entendons-nous : solitude ne veut pas dire isolement. Je ne me languis pas du manque des autres, je ne ressens pas l’attente douloureuse de leur présence. Comme dit si bien Paolo Coelho : « La solitude n’est pas l’absence de compagnie, mais le moment où notre âme est libre de converser avec nous et nous aider à décider de nos vies ».
Il est vrai que le Capitaine me manque quand il navigue pendant 3-4 mois. Il est vrai que nos conversations, notre proximité et notre complicité me manquent, mais quand cela arrive, je n’arrête pas de vivre ni de respirer. Je vaque à mes occupations et lorsqu’il revient, je ne mets pas ma vie entre guillemets pour favoriser la sienne. Quand je suis seule, mon âme voyage entre les doux moments que nous continuons à partager (vive Internet!) et mes projets. Je focuse sur moi-même et sur les objectifs que je me fixe.
J’ai longtemps écrit et j’ai publié (bon, c’était dans des revues littéraires que personne ne lit, mais un premier prix littéraire, c’est pas rien même si ça fait pas avancer la science!). J’écrivais pas des romans Harlequin. C’était dark, mais après coup, je me suis rendu compte que c’était comme une forme d’auto-thérapie. Mais quand la thérapie est terminée, ou du moins bouclée en partie, qu’est-ce que tu fais avec ta créativité lorsqu’un matin, tu te lèves et que plus rien ne sort? Tu réfléchis pendant un bout de temps. Tu deviens introspective. Le temps passe et il ne se passe rien. Tu paniques parce qu’en dehors du temps que tu meubles entre le métro et le boulot, il ne se passe rien, du moins rien d’important. T’es tout sauf une sentinelle. Tu réfléchis et tu penses que rien ne se passe, mais ça cogite en dedans. Quelque chose mûrit et tu n’as pas de mots à mettre là-dessus. Ce silence est nécessaire. Parfois, ça peut durer des années.
Pour créer à nouveau, je devais nourrir mon esprit et mon âme par des souvenirs, des projets, des émotions. Pour plonger, j’avais besoin de temps et de silence intérieur pour intégrer tout ça.
Autre souvenir : Nous sommes au nord de l’Espagne. Depuis deux semaines, nous naviguons en compagnie d’un ami anglais, John, qui a un magnifique bateau appelé Himalaya. Nous naviguons côte à côte sur les côtes de l’Espagne et le soir venu, nous l’invitons à souper sur notre voilier parce qu’il est seul sur le sien. Il est de bonne compagnie et le vin coule à flots. Un soir de pleine lune alors que nous divaguons sur le sens de la vie, John dit que s’il mourait demain, il serait pleinement satisfait de la vie qu’il a menée. Mon Capitaine en rajoute en disant qu’il avait accompli la plupart de ses rêves. Mes yeux se noient dans une rivière de larmes que j’ai peine à contrôler. John me demande : « Did I say anything who hurt you?” (ou quelque chose du genre). Je réponds dans un anglais qui prend du galon à mesure que je bois que je me rends compte que j’ai à peine réalisé un dixième des rêves que je m’étais construits quand j’étais jeune.
À partir de ce moment-là, l’idée m’a hantée. L’idée, en fait la certitude, que je ne voulais pas mourir de la même façon que mon père, c’est-à-dire perclus de remords à l’idée de ne pas avoir vécu la vie qu’il avait rêvée. Parce qu’au fond, certains rêves se réalisent quand on y met l’effort, ou simplement quand on saute dans le train lorsqu’il passe, même s’il est à grande vitesse et qu’on ne sait pas où il va. On sait simplement que c’est le temps de sauter et que si on ne le fait pas, il sera trop tard. Comme une rencontre avec soi-même qu’on ne doit pas manquer, parce qu’on en manque tellement quand on ignore, comme une simple excuse qu’on a du temps devant soi…
Pourquoi n’avais-je pas réalisé une partie de mes rêves? Parce que j’avais peur de la solitude. Je la confondais avec l’isolement. Mais la vérité, c’est quoi au fond? La vérité c’est que les idées naissent et fleurissent dans la solitude. C’est plate mais c’est de même. Je ne remercierai jamais assez le Capitaine pour m’avoir obligée à confronter cette solitude lorsqu’il a mis à profit son projet de retraite de partir 5 mois par an pour naviguer sur la planète. Je me retrouvais seule dans cette grande maison dont je ne savais que faire. Je la détestais parce qu’elle était épurée de sa présence.
Picasso disait : « Sans grande solitude, aucun travail sérieux n’est possible ». La solitude c’est des moments où on n’est pas sollicité par des éléments extérieurs, c’est des moments où on peut se concentrer sur sa mémoire, son imagination, sa sensibilité qui laissent place à l’invention de quelque chose qui n’existerait pas sans qu’on ait mis un effort pour le créer.
La solitude, c’est pas juste faire ce que je veux quand je le veux, mais c’est aussi un moment qui permet que l’esprit soit moins encombré. Rien ne vient perturber le fil de mes pensées. Je n’ai qu’à fermer le son de mon téléphone, à m’éloigner de mon ordinateur. Je descends dans mon atelier et je mets de la musique. Je laisse mon imagination me déborder.
Hier, je suis allée à la galerie. Mon associée est arrivée plus tard avec son sourire unique. On s’est fait la bise. Elle s’est installée puis elle a commencé à peindre. La musique jouait, on était chacune dans notre bulle. On s’est échangé peu de mots, de temps en temps une réflexion : « Imagine-toi donc que… ah ben… c’est pour dire, hein?… », puis le silence. Juste la musique qui joue, et nos esprits concentrés sur ce qu’on fait. C’est tellement facile avec elle. On n’est jamais mal à l’aise dans les silences. On se ressemble sur bien des aspects.
On est deux. Seules mais ensemble. Ensemble mais seules. C’est ben correct de même!! On rêve du moment où on pourra louer un espace supplémentaire qu’on partagera avec d’autres pour peindre sans être dérangés. Il y aura de la musique et si la mienne – plutôt rock – dérangent les autres, ben je la changerai. Ça me dérange pas parce que c’est tellement pas grave comparativement à l’harmonie que j’y gagne.
Bizarrement, le jour où j’ai accepté que la solitude n’était pas mon ennemie mais plutôt une alliée pour créer, j’ai réalisé que je croyais toujours à ce que Liv Ullmann avait écrit dans son livre « Devenir » lorsque je l’avais lu il y a 30 ans :
(…) qu’il est parfois moins pénible de se réveiller seule et d’éprouver un sentiment de solitude parce que l’on est effectivement seule, que de se sentir seule alors qu’on se réveille à côté de quelqu’un d’autre ».

RETOUR EN ARRIÈRE OU AVANCÉE VERS L’AVANT… THAT IS THE QUESTION

J’ai passé la soirée avec une amie. En fait, c’est une personne qui est arrivée en remplacement d’un poste équivalent au mien dans mon milieu de travail et que j’ai dû former parce que j’étais la plus ancienne et la plus expérimentée. Cette personne est très vite devenue une amie parce qu’on avait des affinités naturelles. Le genre de personne avec qui on aurait tissé des accointances même si on avait été dans d’autres circonstances et d’autres lieux parce que la chimie était là.
Donc, elle a quitté le milieu pour aller se faire voir ailleurs si elle y était – et elle y était – mais avec qui j’ai toujours gardé contact « pour la vie ». J’ai demandé son aide parce que je retourne temporairement – pour environ 5 mois afin de terminer ma retraite progressive – et savoir comment je devais négocier mon retour, parce qu’elle est vraiment bonne dans ce genre de négociation et que moi, je suis plutôt du genre à dire les vraies affaires, même si ça doit faire en sorte que je me poignarde dans le dos. Sauf qu’à l’âge où je suis rendue, 62 ans vendredi qui vient, je suis bien consciente que se poignarder dans le dos n’est pas toujours la bonne chose à faire si on veut aborder sereinement sa retraite et clore d’une façon « politicaly correct ». Donc, me voilà chez elle à lui demander des conseils alors qu’elle me tient la main en me disant combien j’ai été inspirante pour elle.
Je suis gênée parce que j’ai pas eu souvent ce genre de compliments. Comme bien des gens, j’ai tendance sur le coup à minimiser l’impact. Je lui réponds, un peu niaiseusement, que c’était normal pour moi car je ne suis pas du genre à penser que je vais apporter mes connaissances dans ma tombe et que ma philosophie de vie est de penser « qu’avec le don, vient le devoir ». En d’autres mots, si t’as un don, ton devoir est de le transmettre. C’est de même, je ne passe pas de Caïf à Pilate pour certaines choses. Quand on vieillit, on se range du côté de l’économie d’énergie. Ça me rappelle un ex beau-frère qui m’avait dit en rigolant : « Au début, quand tu rencontres quelqu’un, tu te forces vraiment pour mettre toute la gomme quand tu fais l’amour. Avec les années, tu vas direct au but! ». J’avais trouvé ça vraiment drôle et, confidentiellement entre vous et moi, je m’étais vraiment claquée sur les cuisses!
A mon retour à la maison, j’ai pas révisé les notes que j’avais prises durant qu’elle me parlait (ben oui, j’ai vraiment pris des notes dans mon calepin), mais je n’ai pas tout de suite sauté dans le lit et j’ai réfléchi à ce qu’elle m’avait dit. J’ai pris toute la mesure de ce que je vivais par rapport à ce qui m’attendait.
J’ai pensé à la mer océanique qui sépare le climat dans lequel j’ai baigné depuis presque 15 ans et ce que je vis présentement. J’ai réfléchi à l’attitude à adopter pour traverser les prochains mois parce que j’ai pris beaucoup de recul durant ces 6 mois d’absence. Qu’est-ce que je devrai développer pour survivre aux 5 prochains mois, parce que lorsque tu ouvres la porte de la créativité, tu ne peux plus la refermer. C’est de même, aussi simple que ça!
Comme disait mon chum quand je le questionnais sur sa passion de la navigation : « C’est pas un loisir, c’est une façon de vivre! ». Alors, je me suis dit que ce serait vraiment dur de faire côtoyer ces 2 mentalités en même temps, et je me suis rappelé les dernières paroles de mon amie alors que j’enfilais mon manteau : « Rappelle-toi que c’est juste 5 mois dans ta vie ». Il y a pire, effectivement…
Joël Martel écrivait en novembre 2017 dans Le Quotidien : « Ce qui rend heureux dans la création, c’est de voir des choses qui n’existaient pas prendre vie devant nos yeux ou dans votre tête. C’est de voir ces mêmes choses briller dans les yeux d’une autre personne. Ou sinon, c’est d’apprendre qu’une de vos créations a accompagné quelqu’un à un moment de sa vie ».
Alors, je dois me rappeler que lorsque je rencontrerai mon gestionnaire la semaine prochaine pour discuter de mes conditions de retour, il y a quelqu’un, quelque part, ailleurs, dans un autre lieu, qui croit en moi et que la retraite c’est pas la fin d’une vie, mais la fin de quelque chose qu’on a fait pendant quelques années. Et qu’à partir de ce moment, une porte s’ouvre vers autre chose qui est prometteur. (J’ai juste à penser à l’après-midi que j’ai passé avec elle et à tous les gens extraordinaires que je rencontre grâce à elle).
Moi, j’ai décidé que le reste de ma vie, peu importe le temps que ça durera, sera plus à mon image que tout ce que j’ai fait auparavant, et que cela veut dire que je renie rien mais que cela me sert pour aller ailleurs!
MA CHÈRE PETITE…

Aujourd’hui, à la Galerie, sont venues une artiste et sa fille. La petite (je dis « petite » mais elle avait 25 ans) me racontait qu’elle faisait du burlesque mais qu’elle avait dû arrêter à cause d’un professeur qui l’avait traumatisée. En fait, cette professeure lui avait dit qu’elle n’avait pas de talent dans ce domaine, alors qu’elle ne lui avait accordé que 5 minutes pour lui montrer la chorégraphie avant le spectacle.
C’est une jolie fille blonde, discrète, toute en nuances avec une écoute hors du commun. Elle vous regarde avec ses grands yeux, une émotion sur deux pattes. La petite (rien de péjoratif dans ce titre car comme j’ai 62 ans, une jeune fille de 25 ans m’apparaît comme quelqu’un qui a toute la vie devant elle); donc la petite semblait blessée, à juste titre, par cette étiquette que quelqu’un en autorité avait trop hâtivement posée. Mon cœur de « mère » et de « mentor » s’est empressé de lui dire que lorsqu’une porte se fermait c’était parce qu’une autre allait s’ouvrir et qu’il fallait réaliser ses rêves, peu importe l’âge (regardez-moi, j’ai 62 ans et je réalise un rêve que je jugeais inaccessible de devenir propriétaire d’une galerie d’art).
“On croit que, lorsqu’une chose finit, une autre recommence tout de suite. Non. Entre les deux, c’est la pagaille.” (Marguerite Duras)
C’était une bonne intention de ma part, mais c’était sans mesurer la « pagaille » qui s’installe entre les deux, comme le dit si bien Marguerite Duras. Il y a toujours un moment de doute, de néant où on ne sait trop ce qu’on va faire, ce qu’on doit faire, un vague-à-l’âme qu’il faut digérer avant de passer à autre chose. Parfois, ça arrive sans que tout soit complètement réglé, comme un message lancé dans l’univers qui vous arrive à un moment inopportun, qu’on n’avait pas prévu dans le temps.
J’ai parlé de Foi, pas de celle qu’on relie à la religion, mais de celle dont on sent l’appel dans son « très-fond », de celle qu’on entretient malgré les embûches, comme un jardin qu’on arrose en enlevant les mauvaises herbes, parce qu’on sait profondément que des fleurs magnifiques pousseront justement parce qu’on a su l’entretenir.
L’appel de l’art c’est comme l’appel du large :
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
(Charles Beaudelaire)
L’art c’est une passion quand tout nous pousse vers le contraire, l’opposé, que la réalité et la logique nous forcent à voir le côté rationnel des choses. L’art c’est quand, malgré tout cela, on persiste et persévère.
Ma petite, quand tu es partie tu m’as dit que j’étais inspirante, mais je voulais m’excuser de ne pas t’avoir dit que j’espère seulement t’avoir fait sentir qu’il n’y a pas plus belle et sereine décision que de continuer dans ce qui nous « drive ». Je sais que tu rencontreras encore sur ta route des gens qui essaieront de te dissuader du contraire, c’est la vie! Et peu importe si tu décides d’en faire un métier ou un loisir, l’important c’est que tu laisses de la place dans ta vie à quelque chose d’artistique ou de créatif qui te comble et qui fasse en sorte que cela te définit essentiellement. Le reste est accessoire ou alimentaire :-)